Omar Youssef Souleimane, Loin de Damas

Laisse mon visage s’évader

À Myriam Montoya

Laisse mon visage lacéré s’évader
se noyer dans la nuit colombienne
Damas ne fleurit que loin d’elle-même

Chaque jour la valise de l’étranger resurgit
cernée par ma langue comme une tombe

Du hublot de l’avion tu reconnaîtras les directions cardinales
ces voiles de bateau déchirées

Les exilés ici
la cigarette sur l’oreille
dévalent comme des sons de flûte, un désert de neige
et dans leurs poèmes
s’égrènent les larmes de leur mère

Chaque fois que la terre noircit
je me sépare de mon nom
et je revêts le paradis du néant

Entre les continents
j’ai vu un chemin droit et argenté comme un cri
traversé par des mots

Nos cœurs sont de petits papillons
et les champs, de grandes prisons

De l’eucalyptus il ne nous reste que le sourire
et de la danse de l’enfer
que la folie

Omar Youssef Souleimane, Loin de Damas,
traduit et présenté par Salah Al Hamdani & Isabelle Lagny,
© Le Temps des cerises, juin 2016
Photo © Isabelle Lagny


Omar Youssef Souleimane est né en 1987 à Quoteifé, sur les plateaux du Kalamoune à une quarantaine de kilomètres au nord de Damas. Après avoir obtenu un baccalauréat scientifique en 2005, il étudie la littérature arabe à l’université de Homs. Entre 2006 et 2010, il a été correspondant de la presse syrienne, et a collaboré avec de nombreux journaux arabes. Il est l’auteur de livres de poésie, (Chansons de saison) en 2006, ( je ferme les yeux et j’y vais ) prix koweitien Saad Al Sabbah en 2010.

Ayant participé aux manifestations pacifiques dès mars 2011 à Damas puis à Homs, il a été recherché par les services de renseignements syriens. Afin d’éviter la prison, il est entré dans la clandestinité et est parvenu à quitter son pays.

La France, où il vit depuis 2012, lui a accordé l’asile politique en 2012.  Il a publié Il ne faut pas qu’ils meurent en 2013 aux éditions Al Ghaoune – Liban,La mort ne séduit pas les ivrognes en 2014, bilingue, français/arabe, aux éditions L’oreille du loup – Paris, un film a été réalisé sur son poéme  » Je ne suis plus personne ».

Vivant en région parisienne, il y poursuit ses études à l’université (Paris8) et continue son oeuvre poétique. (Source)

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3 réflexions sur “Omar Youssef Souleimane, Loin de Damas

  1. Quand j’ai lu les premier vers je me demandais justement quel âge pouvait avoir ce poète ! Damas n’est plus Damas depuis si longtemps…Et quand j’ai vu 1987, le visage sans âge de ce garçon, ça m’a fait mal … Il n’aura pas connu grand-chose d’autre que la guerre et l’exil… 😦 Mais pour la poésie, c’est magnifique !

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  2. Oh oui, se rapprocher de Damas quel doux parfum, j’en frémis..autrement qu’avec celui des pestilences qui nous submergent depuis ce chemin méconnu de trop de ces natifs… Quand on a de tels poètes aller en chameau conduit plus loin qu’en camion…

    Aimé par 1 personne

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