07 JUILLET GRUMOT
© martine c.

– Qu’est-ce que tu manges ?
– Il paraît que c’est du gloubi-boulga.
– Du gloubi-quoi ? C’est bon ?
– J’aime moyen, il y a trop de boulga.
– Du boulga-quoi ? C’est dans cette soupière que tu trouves ce truc ? Je peux goûter ?
– Vas-y si tu veux, mais je te préviens, il y a vraiment de drôles de choses dans la marmite. Et tu n’as pas le droit de les recracher !
– Pas le droit de les recracher ? Mais qui t’a dit ça ?
– L’humain qui m’a apporté cette bizarre pitance ; c’était pas celui de d’habitude. Il avait enfourché un tricycle.
– Un tricycle ? Mais comment pouvait-il porter cet énorme chaudron ?
– Arrête ! Ce n’est pas un chaudron, c’est une marmite spermatophyte.
– Spermato-quoi ? Dis… tu n’aurais pas fauté par hasard avec l’étalon du voisin ? Et tu n’utiliserais pas ce stratagème digne du meilleur thriller paléobotanique, pour nous sortir dans un an un carnet rose (ou bleu) en prétendant que c’est dans cette casserole phanérogame que tu as trouvé, en toute innocence, une semence qui t’aurait engrossée ?
– Mais tu es complètement nymphomane, toi ! Tu ne penses qu’à ça !
– Nympho-quoi ? Et puis là, tu n’es pas en train de noyer le poisson, non ?
– Ça je peux te le garantir, il n’y a pas de poisson dans cette mixture ! Les farines animales sont interdites depuis la crise d’encéphalite spongiforme de nos cousines bovines.
– Encépha-quoi ? C’est quoi, ce truc vert qui flotte dans le goulba-blougui ?
– Gloubi-boulga, on dit. Le truc vert, c’est un dragon.
– Un dra-quoi ? On est censé le manger ?
– Mais non, niquedouille ! Tu es quand même un peu dinde, toi ! D’ailleurs, tu ne vois pas qu’il est cru mais tiède ?
– Nique-quoi ? Tu vois, c’est toi qui es obsédée ! Tiens en parlant d’obsédé, j’ai rencontré un type bizarre dans  le pré d’à côté : il m’a demandé comment il fallait faire pour enlever les grumeaux dans la soupe.
– Les grumeaux ? Ah ben, c’est facile ! il suffit de les tremper dans un soluté aqueux à …
– À-quoi ?
– Non, espèce de songe-creux, pas à quoi… à 5,29150262213 % de poudre de curcuma. Bon, tu veux le manger, ce gloubi-boulga ?
– Ben tu vois, je préférerais du   » lopadotemakhoselakhogaleo­kranioleipsanodrimypotrimmato­silphiokarabomelitokatakekhymeno­kikhlepikossyphophattoperistera­lektryonoptekephalliokinklope­leiolagōiosiraiobaphētraga­nopterygṓn  » (*)
Si si, ça existe ! C’est une recette d’Aristophane.
– Du Lopa-quoi ?
– Tu veux la recette ?

C’est une fricassée, composée de dix-sept ingrédients : des tranches de poisson bleu, des morceaux d’elasmobranchii, quelques tronçons de requin-chabot pourri, de la ferula aromatique, un scarabée, de l’aigle, du fromage, du miel coulant, une grive, un merle (faute de grive), un pigeon ramier, un pigeon biset, un poulet, la cervelle d’un grèbe castagneux, un lièvre de mer, des découpes de cartilages et d’ailes ; le tout doit être mijoté dans une marmite de vin nouveau bouilli.

(*) En grec ancien :

λοπαδοτεμαχοσελαχογαλεο
κρανιολειψανοδριμυποτριμματο
σιλφιοκαραϐομελιτοκατακεχυμενο-
κιχλεπικοσσυφοφαττοπεριστερα
λεκτρυονοπτεκεφαλλιοκιγκλοπε
λειολαγῳοσιραιοϐαφητραγα-
νοπτερυγών

07 JUILLET GRUMOT3
Ils ont mangé le gloubi-boulga…Et voilà ce qu’ils sont devenus

maxresdefault

Écrit, sous la menace de devoir avaler un mélange de

confituredefraisedechocolatrâpédebananeécraséedemoutardetrèsfortedesaucissedetoulouse cruemais tiède.

Les grumeaux ne résistent pas au curcuma, mais GRUMOTS, elle, a su s’y prendre pour avoir la main sur l’agenda… Merci à elle 😉
– Gru-quoi ?

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