JULIAN HERBERT - BERCEUSE POUR MA MÈERE - COUV
Julian Herbert, Berceuse pour ma mère

Il l’aime, sa mère, cet « hijo de puta » !

Non, je ne suis en train d’insulter ni le personnage narrateur de ce roman, ni sa mère. Je ne dis que la vérité vraie. Celle de Julián Herbert, l’auteur. La sienne en vraie. Julián Herbert est le fils d’une pute et il se trouve à son chevet alors qu’elle lutte, en phase terminale, contre une leucémie.

Guadalupe Chávez se meurt, pendant que son fils écrit fébrilement une autofiction qui cahote entre ses souvenirs d’enfance dans les bordels où exerçait sa mère, ses confessions d’homme immergé dans ses divagations cocaïnomanes à La Havane, ses sentiments d’écrivain renommé en Allemagne, ses commentaires sans complaisance sur la corruption mexicaine.

Guadalupe Chávez se meurt, et son fils lui dit combien il l’aime.

Guadalupe Chávez se meurt, et son fils est en désespérance.

Guadalupe Chávez se meurt, et l’auteur entraîne son lecteur dans une cavalcade incohérente parce qu’il dit est indicible et qu’il faut qu’il le dise pour exorciser son chagrin.

Berceuse pour ma mère est un texte déconcertant, certains moments sont presque délirants comme si Julián Herbert, en écrivant, était sous l’emprise de la schnouff. Son regard sur le Mexique déliquescent est acerbe, caustique, corrosif. Alors que celui qu’il porte sur sa mère agonisante est tendre, sensible, compatissant.

Je me suis parfois un peu perdue dans les égarements de l’auteur qui manie le flash-back sans avertir, qui fustige son pays sans  crier gare, qui affiche un cynisme insolent, dont la plume est provocatrice.  Mais je suis allée jusqu’au terme de ce roman, sans jamais avoir eu envie de le fermer prématurément, parce qu’il sue la sincérité et que c’est bouleversant.

Julián Herbert, Berceuse pour ma mère, © 13e Note Éditions, 2013
Titre original : Canción de tumba, traduction Pierre Ducrozet

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Biographie de l’auteur :

Julian Herbert est né en 1971 à Acapulco, au Mexique. Elevé par une mère prostituée, il étudie la littérature de langue espagnole à l’université du Coahuila et publie quatre recueils de poèmes puis, en 2004, son premier roman : Un mundo infiel. Passionné de musique, chanteur du groupe de rock Madrastras, il parsème ses récits postmodernes de références multiples, des plus littéraires aux plus populaires. Adepte du collage ignorant toute linéarité narrative, il privilégie ironiquement un rythme syncopé et un mélange des genres reflétant les incohérences de la vie « réelle ». Dès le provocateur Cocaïne, manuel de l’usager (13e Note, 2012), Julian Herbert évoquait l’inquiétante âpreté de l’existence. Loin de se réduire à un exercice de style, Berceuse pour ma mère, foudroyante décharge émotionnelle, a été traduit en plusieurs langues et couronné en Espagne par le Prix Jaèn du meilleur roman 2011.

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