Le Cahier des Poésies chez Asphodèle, le récap du 23 juin

Voici le récapitulatif des morceaux choisis par notre poétique confrérie en ce vingt-troisième jour du sixième mois de l’an deux-mille-seize.

Six d’entre nous se sont risqués à offrir leurs émotions, deux moins téméraires, ont préféré les confier à d’autres.

53898577Et ce bouquet offert aujourd’hui à notre amie Asphodèle est là pour lui affirmer que nous attendons son retour.

Dans l’ordre alphabétique de leurs noms/pseudos (il en faut bien un, d’ordre), Carnets Paresseux, Claudialucia, Éléonore, Jacou, Valentyne, Vertige de l’oiseau ont donné le meilleur d’eux-mêmes pour que leurs mots vibrent en nous.
Lilousoleil et moi-même nous sommes laissées porter par d’autres frissons, déjà écrits, qui ont piqué nos sensibilités.

7940e174b604507fdc65d3c9b83a4a17nous propose un abécédaire un peu particulier et vraiment très réussi, puisqu’il s’agit de commencer chaque vers par la suite des lettres de l’alphabet.

La vague

A chaque visite, d’abord le couinement grinçant de la barrière en fer,
Bruit affreux que vous connaissez, que je renonce à rendre.
C’est ensuite, souvent, le ridicule balancement d’un face-à-face avec quelque nigaud dans l’allée trop étroite
Dieux, va t-il se pousser et me laisser passer, ou craint-il de mettre un pied fautif sur l’herbe rare ?
Et le long tourbillon du manège qui tourne et chuinte :
Fillettes, fillettes, tenez-vous donc tant à tant tourner en rond ?

Grotesque, le glouglou goutte à goutte des jets d’eau étiolés.
Horizon plat et nu, le zingue de la vasque.

Il y aura aussi l’irritant babillage des deux là-bas en face
Juste assez fort pour qu’on ne l’ignore pas, juste assez bas pour qu’en tendant l’oreille je n’y comprenne rien.

L’ombre maigre des statues que les pigeons maculent
Mais que vécut vraiment l’inventeur méconnu de la pince à ressort ?
Négligera le banc qui m’est échu,
Où j’écoute transi la valse cliquetante des aiguilles à tricot des dames d’à côté
Parques domestiquées, benoîtes et commèreuses
Qui jamais ne se trompent d’à-l’envers-à-l’endroit.

Roussis l’été, nus l’hiver, les parterres et les platanes cuits
Savent assez, par leur pollen et leur poussière blême
Toute la vanité étroite de la vie ici-bas.
Un faux air affairé et vide à la fois,
Voilà tout le portrait de mon jardin public !

Y a-t-il endroit au monde où mieux qu’ici – car jour après semaine j’y reviens tout de même -, je ressente,
Zut alors ! l’absence de la longue vague fraiche et saline et sereine qui vient, passe, repart et recommence, et qui sans y songer lave l’âme, les rêves et se fiche du reste ?

© Carnets paresseux

3b23ac920f5e722bf596896ae3146a1arevient sur son passé, mais sans regret puisque, désormais, une petite main palpite dans la sienne, comme une source pure.

Et j’étais jeune
Et j’étais jeune
et
je ne savais pas retenir entre mes doigts l’eau
limpide du bonheur
Et il me semblait que l’espace
n’allumait pas assez de feux dans le ciel
pour guider mes pas.Je ne m’arrêtais jamais au tic tac de l’horloge.

Maintenant
une petite main dans la mienne,
qui palpite comme un oiseau duveteux,
est une source pure,
plus lumineuse
à mes yeux
que la journée des étoiles.
© Claudia Lucia

4cf12ed48f4b00c53d16f0bc7b9bee94s’est replongée dans son propre carnet de poésie (je pense qu’il doit être efflorescent). Elle a retrouvé l’un des poèmes qu’elle a écrit en 2014.

Si tu ne veux pas

Si tu ne veux pas
Le rose de mes mots
Reste
Avec ton morose

Si tu ne veux pas
Quelques espoirs
Reste
Avec ton désespoir

Si tu ne veux pas
Un peu de douceur
Reste
Avec tes douleurs

Si tu ne veux pas
de mes petits mots
Reste
Avec tes grands maux

© Éléonore

8e7c0ffa7eb8bd3ec7c1b87f38ba4534est dans le court, le très court, le ciselé, puisqu’elle nous offre un haïku de sa composition

Haïku de l’oiseleur

Oiseau ,

Point d’aile, vole

Quand même.

© Jacou

98c1042f325eed76cd1078ffa3597154fidèle à sa thématique hippique, a composé un superbe pantoum qui enlace les vers et les thèmes.

Quadrige

Quand vient le soir, galopant dans le quadrige
Les chevaux, ravis, encensent sur leur perchoir ;
Les sabots et les crinières claquent dans le noir,
Voici venue l’heure du début de leur voltige.

Les chevaux, ravis, encensent sur leur perchoir ;
Sur leur dos poussent ailes, pennes, rémiges ;
Voici venue l’heure du début de leur voltige,
Ils s’envolent en silence vers l’Abreuvoir.

Sur leur dos poussent ailes, pennes, rémiges.
En rêvant de se contempler dans un miroir,
Ils s’envolent en silence vers l’Abreuvoir,
La pluie les enveloppe hors du vertige.

En rêvant de se contempler dans un miroir,
Vers leurs cousins de Yvelines ils se dirigent ;
La pluie les enveloppe hors du vertige,
Cette nuit ils s’ébattront dans le bateau lavoir !

© Valentyne

7c444c59df29655901b7deb6f3f695c9, notre dernier compagnon en poésie (et nous ne nous pouvons que nous en féliciter), illustre prodigieusement une toile d’Emil Nolde, parce qu’il y a des jours où soudain tout paraît nouveau :

Des jours comme ça

des-jours-comme-c3a7a

371b59cde548da2a90eb303d2ae77c68a emprunté la plume de Jean-Pierre Claris de Florian pour nous dire les leçons de vie que prend un charmant petit grillon en constatant le malheur qui peut advenir à l’un de ses compagnons-papillon :

Le grillon

Un pauvre petit grillon
Caché dans l’herbe fleurie
Regardait un papillon
Voltigeant dans la prairie.
L’insecte ailé brillait des plus vives couleurs ;
L’azur, la pourpre et l’or éclataient sur ses ailes ;
Jeune, beau, petit maître, il court de fleurs en fleurs,
Prenant et quittant les plus belles.
Ah! disait le grillon, que son sort et le mien
Sont différents ! Dame nature
Pour lui fit tout, et pour moi rien.
Je n’ai point de talent, encor moins de figure.
Nul ne prend garde à moi, l’on m’ignore ici-bas :
Autant vaudrait n’exister pas.
Comme il parlait, dans la prairie
Arrive une troupe d’enfants :
Aussitôt les voilà courants
Après ce papillon dont ils ont tous envie.
Chapeaux, mouchoirs, bonnets, servent à l’attraper ;
L’insecte vainement cherche à leur échapper,
Il devient bientôt leur conquête.
L’un le saisit par l’aile, un autre par le corps ;
Un troisième survient, et le prend par la tête :
Il ne fallait pas tant d’efforts
Pour déchirer la pauvre bête.
Oh! oh! dit le grillon, je ne suis plus fâché ;
Il en coûte trop cher pour briller dans le monde.
Combien je vais aimer ma retraite profonde !
Pour vivre heureux, vivons caché.

© Jean-Pierre Claris de Florian

2d2a2127b9b8109b90fe23ba00dd1037est allée chercher sa suggestion du jour auprès de Títos Patríkios, un poète grec très engagé, résistant pendant l’occupation allemande, qui a lutté plus tard contre la corruption de son pays.

Le trois de carreau

Cette fameuse question indiscrète « à quoi penses-tu ? »
quand on a un air un peu pensif
ne me dérange plus comme autrefois
au contraire elle me satisfait
grâce aux possibilités qu’elle offre.
Je peux inventer différentes histoires
racontées avec conviction comme véridiques
je peux présenter la vérité comme douteuse
afin qu’elle ressemble à un mensonge
ou encore je peux découvrir
que je ne pensais absolument à rien.
Très rares, les heures de notre vie
où nous circulons avec la transparence du verre.

© Títos Patríkios

Notre prochain rendez-vous est le 7 juillet.

Merci à tous pour votre participation.

En cliquant sur les noms/pseudo des participants, vous accéderez à leur site.

Accueil3153614-4507960 N&B1

 

 

14 réflexions sur “Le Cahier des Poésies chez Asphodèle, le récap du 23 juin

  1. Ah, la, la, voilà que je n’ai pas eu le temps, je te prie de m’excuser Martine, j’ai un peu la tête ailleurs en ce moment ! Je vais essayer d’aller lire le poème de chacun sur son blog, car enfin, si on a un peu la flemme, c’est bien pratique de se contenter de lire la récap qui doit pourtant te donner un pas drôle de travail.
    Bisous

    Aimé par 2 people

    1. Je fais cette récap parce que je trouve dommage que tous ces poèmes soient noyés dans nos blog et dans le temps. Il y a de si belles pépites qu’il serait dommage qu’elles se perdent !
      Bisous, Dame Camomille ❤

      Aimé par 1 personne

  2. Comme je le disais à Carnet, je vis sur un autre rythme qu’Aspho… et tard le soir, je ne suis plus opérationnelle sur l’ordi. En outre, je ne sais pas où tu as glissé ton lien, parce que je n’en ai pas reçu l’info. Bref, c’est réparé, puisque je viens de te glisser dans le récapitulatif.

    Bravo pour ta témérité 😀

    Aimé par 1 personne

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