2016-06-09_210359 BANNIERE
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Pour réussir d’un coup un plantureux sandwich,
Il faut en deux morceaux fendre le petit pain.
(D’aucuns aiment à garder intacte une charnière,
Se préservant des fuites au moins sur un côté.)
Ayant par ce moyen obtenu deux tartines,
Il convient d’en beurrer la mie de l’intérieur ;
On peut aussi l’huiler, la fromager de frais,
Voire la tartiner de mayonnaise à l’aise.
En suivant au plus près les modes diététiques,
On étend la tomate et la salade verte.
Puis vient le grand moment, de l’affaire le coeur,
Le moment où, gourmand, l’on couche le jambon.
(Le projet, très souvent, marche avec saucisson.)
On peut à ce moment, en parfait connaisseur,
Ajouter du fromage à la chose entrouverte.
Créant ainsi le « mixte », sandwich emblématique,
Du bel et grand Paris. Qu’à Curnonsky ne plaise,
il faut entre vos doigts étreindre cet objet,
Pour lui casser la croûte et en briser l’ampleur,
Effacer les débords d’une langue enfantine,
Puis ouvrant un grand bec, enfin, pouvoir manger.
Avec une pensée pour le joyeux grand-père,
The « so chic » English Lord, whith knife and fork in pain,
Who invented the thing, like a magic old witch.

Paul Fournel

« Après mon exposé sur l’Oulipo à mon séminaire de Maîtrise, Queneau m’a envoyé chez François Le Lionnais qui était mon voisin à Boulogne, et je suis devenu esclave de l’Oulipo. Je devais mettre de l’ordre dans les papiers confus et publier le premier livre sur l’ouvroir. Ensuite, j’ai été membre, puis secrétaire définitivement provisoire et, à la mort de Noël Arnaud, Président. C’est la plus belle navigation intellectuelle que l’on puisse imaginer : c’est actif, c’est modeste, c’est complexe, c’est parfaitement divers. Combien de personnes ont la chance de se retrouver entre amis deux ou trois fois par mois pour ne parler que de choses créatives et passionnantes et de voir travailler pour de bon des Queneau, des Perec, des Calvino, des Roubaud ?

Les oulipiens sont mes amis et l’on dit d’eux qu’ils sont un roman de Queneau in vivo. Si cela est vrai, je dois à l’Oulipo d’être un personnage. »

PF

L’étreinte est une généralisation des rimes embrassées, dont le dispositif est : à partir de deux rimes plates au centre du poème, les rimes s’écartent du centre vers le début et vers la fin.

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