Le Cahier de Poésies chez Asphodèle, la compil du 9 juin

En ce jeudi de juin, nous était assigné de présenter poètes et poèmes qui avaient fait battre notre coeur.

Nous fûmes neuf à compléter ce « cahier de récitations » ainsi qu’il se nommait dans ma tendre jeunesse.

a8eae8aafdee5203f174495a153cb9e91Calligramme de Max Jacob

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bc220c2ad07ca83c5ad0d81bf83a0fd3George-Emmanuel Clancier, Cavale d’or vert

 

Cavale d’or vert
Enfantine amazone
Fleur et licorne
Aussi blanche qu’altière.

Vol immobile
D’après l’amour
D’après le secret
D’après le secret
D’après le feu
De chair et de songe.

Si loin, si proche,
Partie pour un soleil seul,
Dans l’orgueil muet
Du sang qui s’apaise,

Et mon regard sur ton sillage,
Sur ton silence de profil
Sur ta gorge et ta jambe
Appelle.


038d16c25289e4285bd4a12aa245b97bHenri de Régnier, Le jardin mouillé

 

A petit bruit et peu à peu

Sur le jardin frais et dormant

Feuille à feuille, la pluie éveille

L’arbre poudreux qu’elle verdit

Au mur on dirait que la treille

S’étire d’un geste engourdi.

L’herbe frémit, le gravier tiède

Crépite et l’on croirait, là-bas

Entendre sur le sable et l’herbe

Comme d’imperceptibles pas.

Le jardin chuchote et tressaille

Furtif et confidentiel

L’averse semble maille à maille

Tisser la terre avec le ciel.


e7902bb5363fa75d652647f4797a58d1Jacques Ferlay, Vieillir est un jeu d’enfant

 

Marche quotidienne

les asservis t’imaginent

comme une habitude.

***

Traversant les choses

sans y perdre ma substance

j’avance et je suis

***

J’ai pouvoir sur vous

pieds que j’enchâine au chemin

votre jour viendra

***

A pas menus

accompagner l’enfance

du petit jour

***

c’est héréditaire

je viens de Neandertal

et j’en viens à pieds

***

Pendant que je marche

l’écriture à mon insu

enfin se libère

***

J’ose dérailler

j’ai  tant de gares en moi

jamais desservies….

***

J’ai longtemps marché

bien avant moi les soucis

se sont épuisés…


177cab8c8978839017381d4eed52d711Henri Michaux, Les années ont été pour nous.

 

Les années ont été pour nous, pas contre nous.
Nos ombres ont respiré ensemble.
Sous nous les eaux du fleuve des événements coulaient presque avec silence.
Nos ombres respiraient ensemble et tout en était recouvert.
J’ai eu froid à ton froid. J’ai bu des gorgées de ta peine.
Nous nous perdions dans le lac de nos échanges.
Riche d’un amour immérité, riche qui s’ignorait
avec l’inconscience des possédants,
j’ai perdu d’être aimé.
Ma fortune a fondu en un jour.


6cf7392304b1803c7c51a1408469137bGhérasim Lucas, La Paupière Philosophale

Bien au-delà du peu

la peau et l’épée

lapent

l’eau ailée

du petit pire

Toupie d’une peur idéale

épi à pas de pou

appât

ou pâle pet de pétale



705c5c8b9ab7a8f32ad140fcb602cb84Olav Håkonson Hauge, 

 

Printemps dans les montagnes

Aujourd’hui les flocons de neige
dansent comme de jeunes rennes
s’affrontant dans le soleil.
La rivière cravache
sur le chemin du retour
emportant l’hiver avec elle.
Le pluvier doré est là et, sur les pentes,
l’herbe verte.
Un mot
Un mot
-une pierre
dans une rivière froide
une autre pierre encore-
il me faut plus de pierres pour traverser.
Pommes vertes 
 L’été était froid et pluvieux.
Les pommes sont vertes et piquées.
Cependant je les cueille et je les trie
et je les range dans des caisses à la cave.
Des pommes vertes valent mieux
que pas de pommes
quand on vit ici , au 61e parallèle nord.
Quand je me réveille
Quand je me réveille, un noir
corbeau frappe à mon coeur.
Ne vais-je jamais m’éveiller
à la mer et aux étoiles,
aux bois et à la nuit,
au matin,
avec des chants d’oiseaux.
C’est le rêve
C’est le rêve que nous portons
que quelque chose de merveilleux
va arriver,
que ça doit arriver-
que le temps va s’ouvrir
que le coeur va s’ouvrir
que la roche va s’ouvir
que les sources vont jaillir-
que le rêve va s’ouvrir,
qu’un beau matin, au point du jour, 
nous glisserons sur la vague
vers une anse dont nous ne savions rien.
La faux
Je suis si vieux
que je m’en tiens à la faux,
et les pensées peuvent aller.
D’ailleurs, ça ne fait pas de mal,
dit l’herbe,
de tomber sous la faux.
Sommeil
Glissons
dans le sommeil, dans
le rêve paisible,
glissons-
deux boules de pâte dans 
le bon four de la nuit.
réveillons-nous
au matin,
deux pains de blé dorés.
Et j’étais triste
Et j’étais triste 
et je me terrais dans une grotte,
j’étais gonflé d’orgueil et bâtissais
au-delà des étoiles,
Maintenant
je construis dans l’arbre tout proche 
et le matin, quand je m’éveille,
le pin
enfile dans ses aiguilles
des fils d’or.

cf01c152dbf84ef1bf124e3e5a003b03Aragon, Que serais-je sans toi.

 

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu’un coeur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement.

J’ai tout appris de toi pour ce qui me concerne
Qu’il fait jour à midi, qu’un ciel peut être bleu
Que le bonheur n’est pas un quinquet de taverne
Tu m’as pris par la main dans cet enfer moderne
Où l’homme ne sait plus ce que c’est qu’être deux
Tu m’as pris par la main comme un amant heureux.

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu’un coeur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement.

Qui parle de bonheur a souvent les yeux tristes
N’est-ce pas un sanglot que la déconvenue
Une corde brisée aux doigts du guitariste
Et pourtant je vous dis que le bonheur existe
Ailleurs que dans le rêve, ailleurs que dans les nues.
Terre, terre, voici ses rades inconnues.

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu’un coeur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement.


7ba95787fdf4ac195a9a9a6698a0ebf1Paul Mahieu, Tu prends le mot

 

 

Tu prends le mot « sein »
attention c’est un mot sensible, à manier avec infiniment de précaution, de la douceur s’il te plaît, de l’aménité, j’oserais dire du respect

c’est un mot de main, de paume, de doigt, de bout d’ongle
c’est un mot de regard, de voile, de halo ou de flambance, d’étincelle
ou de prière, de poème
c’est un mot de bouche, de lèvre, de bout de dent,
de bout de langue
et d’un rien de salive
c’est un mot de framboise et de pêche
d’aubépine et de serpolet
c’est un mot d’écoute-coeur

tu le prends, tu l’environnes , tu l’envoisines, tu l’encotonnes , de partout
mais, je te le dis encore
il a besoin d’amour, tu sais

 

Accueil3153614-4507960 N&B1

 

 

5 réflexions sur “Le Cahier de Poésies chez Asphodèle, la compil du 9 juin

    1. Beuh ! J’ai rien fait d’autre que de cueillir les première, deuxième, troisième, etc-trième vers, puis idem l’avantantépénutième, l’antétcéteratième puis l’dernier.
      si, j’ai pris sur moins -orgueil !- de revoir la ponctuation !!
      et je suis vraiment heureux -aux innocents les mains pleines -du résultat : mais sans blague, deux poèmes multipliés par trois poèmes, c’est des milliers de poèmes possibles, non ??

      Aimé par 1 personne

  1. Jolie moisson ; j’en tente le bouquet (pardon aux bons poètes) :

    Cavale d’or vert
    Sur le jardin frais et dormant

    Comme une habitude
    nos ombres respiraient ensemble et tout en était recouvert.
    – du petit pire.

    Le pluvier doré est là et, sur les pentes,
    tu m’as pris par la main dans cet enfer moderne
    et d’un rien de salive
    si loin, si proche,
    crépite et l’on croirait, là-bas.

    J’ai  tant de gares en moi :
    Nous nous perdions dans le lac de nos échanges,
    Toupie d’une peur idéale.

    Et le matin, quand je m’éveille,
    Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
    – Il a besoin d’amour, tu sais.

    Aimé par 3 people

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