Le Cahier des Poésies chez Asphodèle, la compilation du 26 mai

Voici la compilation des textes parus pour le Jeudi Poésie d’Asphodèle du 26 mai. Certain(e)s des participant(e)s ont pris la plume : Asphodèle, Émilie, Monesille, Valentyne, Carnets Paresseux. Les autres ont présenté un(e) poète : Soène, Lilou Soleil, Patchcath, Même les sorcières lisent, et moi.

En cliquant sur les liens (en rouge), vous arriverez sur la page du blog concerné.

Notre prochain rendez-vous est fixé au 9 juin.

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À tout seigneur tout honneur, voici les mots d’Asphodèle : Les mains nues de la rage

Que veux-tu que je te reprenne
toi qui ne m’as rien laissé ?
rien donné avant de me lâcher
comme un vieux porte-clés
dans une bouche d’égout
qui puait la mort
et me renvoyait au néant.

 

Que veux-tu que je dise de toi ?
Aujourd’hui que le temps a passé,
que je devrais avoir oublié
les rancœurs et les rancunes
comme il est humain de le faire…

 

Parce que, paraît-il,
avec le Temps,
seuls restent en nos mémoires
les souvenirs heureux.
On décapite ceux
qui nous ont tordu les tripes,
cloués au lit avec une mauvaise grippe
pendant des jours,
à se demander
s’il fallait continuer
de vivre en rampant
de dormir en pleurant
de marcher les jambes coupées
La bouche sèche d’amertume
les yeux noyés de brume
Sous une pluie insatiable
qui n’arrêtait plus de tomber,
vortex inéluctable
des amours consumées…

 

Foutaises que ces souvenirs heureux !
J’ai encore mal
aux bleus tatoués sur mes bras,
dans mon cou et à l’orée du cœur.

 

Je sens vibrer encore,
corde sensible du désaccord,
la rage qui a été
ma compagne
dans ce long après,
ce désert que j’ai traversé, des épines
fichées dans les mains ;
et je me souviens même
avoir marché sur les mains…
pour ne plus sentir le sang noir âcre et malsain
qui empoisonnait
ma vie.

 

Et même, longtemps après l’après,
alors que nous vivons aujourd’hui
dans un autre monde
dans une autre vie,
Que j’ai replantée
avec les mains nues de la rage,
oui quand je repense à toi,
à ce que tu m’as fait,
loin de moi l’envie chrétienne
de tendre l’autre joue !

 

J’aimerais Ô que j’aimerais parfois
t’enfoncer un poignard
dans le coeur
et regarder le sang
se vider de ton corps hagard,
sans éprouver un cent
de pitié.

 

Tu peux mourir
dans les pires souffrances,
te faire brûler
sur un bûcher funéraire
ou te faire dévorer
par les vers,
je ne bougerai pas un cil.
Tu m’as refilé ta haine de pierre
indélébile.

 

C’est tout ce que j’ai à te rendre
pour continuer ma route
sans me pendre.
Pour galoper loin
des tas de cendres
qui ensevelissent les années

 

Perdues…

© Asphodèle

 


Émilie : Orage

Sans cesse, souffle le vent. Il appelle dans la nuit.
Il se sent si seul tant il a peur du noir.
Ses tristes hurlements sont fauchés par la pluie.
Il esquisse, errant, les contours d’un grand soir.

Intelligence et paradis ne sont qu’artifices,
Prières peu hardies pour apaiser le ciel.
Là, la colère infinie, en orage, hérisse
L’antique esprit par une peur irréelle.

Claquent les volets ! Grondent les fenêtres !
Le chaos éclate jusqu’au fond de l’être !
Craque le toit ! Tremble tes petites mains !
Mais ne crains rien ! Il fera si beau demain.

© Émilie


Monesille : Porte-bonheur

MONESILLE
© Monesille

Valentyne : L’itinéraire d’un enfant gâté

Monter au ciel, pas peur de l’orage
Sortir de la cage, loin des paradis artificiels
Échafauder une hypothèse sur la montée de sève
Monter en épingle, attendre la relève
Partir décrocher la lune sans tambour
ni trompette, monter d’un octave rebelle
Tenir les dragées (au poivre) hautes,
Faire le magnifique sur une pièce montée
Bâtir un château en Espagne, laveur de vitre sans nacelle
Escalader l’Everest dans les nuages ?
Se hisser jusqu’aux neiges du Kilimandjaro ?
Pas pour moi, j’suis alpiniste amateur, nanméhaut !
et marin d’eau douce aussi ….
Devenir marinier sur les chemins de halage
est mon prétexte pour monter sur Seine.

Monter au ciel, plus près des mésanges
Croquer la pomme, monter les blancs en blanche-neige,
Garder le fouet pour grimper sur les grands chevaux
Monté en graine comme la folle avoine
Suis je Pierrot le fou ou bien Antoine?
Un singe en hiver sur mon baobab ?
King kong et peau de bananes …..
Monter, monter toujours plus haut avec Claude
Monter comme les enfants du paradis
Monter à bout de souffle
Monter l’escalier à Cannes, pieds nus comme Julieta
Monter sur le ring du seigneur des anneaux ?
Monter toujours plus haut pour décrocher la timbale
S’en décrocher la mâchoire, mais monter monter……
Sur des talons aiguilles ou au paradis des monte en l’air ….

Monter le son, monteur de court métrages
Du haut du clocher, je donne de la voix
L’espace d’un instant je m’imagine scénariste.
Partout partout je monte et cherche ma voie
Parce si j’avais pu, j’aurais été………. trapéziste.

© Valentyne


Carnets Paresseux : En attendant le dernier pont

Un agneau blanc, au bord d’une onde pure.
Il boit.
Un loup survient. Il est gris :
« Salut l’agneau, on trinque ? Un petit Mouton-Cadet ? Dis pas non, c’est ma tournée.
– Mollo Louloup, dit l’autre, tu zigzagues… Dans c’t’état, tu ne passeras jamais le pont ; tu devrais mettre un peu d’eau dans ton vin. »
Vexé, le loup pique une rage noire :
– Trouble pas mon breuvage, l’agneau, ou tu çra châtié de ta témérité (la longue langue rouge s’embrouille entre les crocs). Et puis d’abord j’vois pas d’pont !
Il regarde la rivière, d’abord à gauche, puis à droite. Puis il ajoute, subitement calmé : Tant pis, je l’attendrai ici. »

Et il s’assoit dans l’herbe verte, à l’ombre d’un bosquet qui borde le ruisseau.

« Dis, l’herbe est rase… c’est toi qui l’a tondu d’une longueur de langue ? Tu sais bien qu’j’n’aime pas, ça pique les pattes ! »
– Mais non !
– Si ! Même que je te l’ai dit l’an passé !
– L’an passé ? Et comment k’t’aurais fait puisque j’n’étais pas né ?
– Si ce n’est à toi, c’est donc à un d’tes frères.
– J’en ai point. J’suis fils unique.
– C’est donc quelqu’un des tiens.
– Toujours pas. J’suis orphelin.
– Assez, tu m’embrouilles. Tu vas pas me faire croire que je sais pas que vous êtes vraiment vraiment vraiment nombreux, vous les moutons. Même sans compter vos bergers et vos chiens. Tiens, rien qu’à toi tout seul, t’es deux, je le vois bien ! Mais si ! Approche un peu que je te vous recompte. »

A force de comptage de mouton, il advint ce qu’il devait advenir.

Quand le loup se réveille, il est tout seul au bord de l’eau, le teint vert, avec un joli mal de crâne. Plissant les yeux, il regarde la rivière, d’abord à gauche, puis à droite. Alors il murmure, sa langue pâteuse s’emmêlant dans ses crocs rêches :
« Zut alors, plus d’agneau. Tu parles d’un lâcheur ! Et toujours pas le moindre pont en vue. C’est bien la dernière fois que j’attends ici ».

Qu’eut-il mieux fait que de se plaindre ?

© Carnets Paresseux

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Lilou Soleil : Jim Morrison, Les baladins

Voici venir les baladins

Voici venir les baladins
Regardez leurs sourires
Observez-les bondir tels des Indiens.
Regardez leurs mimiques
Avec quel aplomb
Ils gesticulent devant nous.
Mots perfides
Mots ricanent
Mots qui guident comme des cannes.
Semez-les ils croîtront
Observez-les osciller sous le vent.
Je serai toujours un homme de mots
Plus qu’un homme-oiseau


Patchcath Mr Richer, Le jardinier et les légumes

Un Homme avoit un parterre de fleurs
Dont il prenoit un foin extrême
Artiftement il mêloit les couleurs.
C’étoit-là fon plaifir fuprême.
L’or & l’azur, lnège & le corail
Y formoient le plus bel émail.
Tout à côté nôtre Fleurifte
Avoit un Potager dans un état fort trifte.
Il y portoit rarement l’arrofoir.
Les Légumes féchoient. C’étoit pitié de voir
La Laituë & l’Ozeille
Se faner, & baiffer l’oreille.
Il arriva qu’un jour
Le Maître du jardin fe promenant autour,
Un Chou des plus têtus, au nom de l’Affiftance,
Se plaignit de fa négligence.
Pourquoi nous oublier ainfi ?
Ne fommes-nous pas plus utiles
Que ces belles Plantes ftériles,
Qui vous caufent tant de fouci ?
Lorfque vôtre fanté fe trouvoit altérée,
Par quel moïen l’avez-vous recouvrée ?
Au Jafmin, à l’Oeillet avez-vous eu recours ?
Ne fut-ce pas à la Chicorée,
Avec mes autres Sœurs, qui vous prêta fecours ?
Vous en eûtes befoin, & vous l’aurez toujours.
Je ne dis rien de mon ufage.
Vous le connoiffez trop. Sans doute il feroit beau
De voir une Tulipe au milieu d’un potage
Au lieu d’un Chou : cela feroit nouveau .
Mais laiffons là le badinage.
N’ai-je pas eu mainte fois l’avantage,
Avec mon frère le Porreau,
De vous racommoder le timbre du cerveau ?
Jufqu’où va vôtre ingratitude ?
Vous n’avez cependant aucune inquiétude
De nos befoins. Vous nous laiffez périr ;
Tandis que nous voïons fleurir
La Jonquille & la Tubéreufe,
Qui n’ont pourtant qu’un vain éclat,
Et dont l’odeur eft dangereufe.
Le Fleurifte fit peu d’état
Du Supliant & de fes remontrances.
Vous avez pour un Chou, dit-il, trop de caquet.
Taifez-vous : c’eft mieux vôtre fait.
A ces mots, il retourne admirer les nuances
De la Tulipe & de l’Oeillet.
Qu’arriva-t-il ? Nôtre Chou fut Prophète ;
Et ce caprice enfin à Monfieur fut fatal.
Des diverfes odeurs le mêlange l’entête.
Il hume du ferein. Monfieur fe trouve mal.
On court au Potager préfenter fa requête,
Pour lui compofer un boüillon :
Mais tout étoit péri, jufques au moindre Ognon.
On cherche donc ailleurs, & l’on fe met en quête :
Mais Monfieur, pendant ce temps-là,
Droit chez Pluton en pofte s’en alla.

Réglons mieux nos plaifirs. L’Homme vraîment habile
Sçait cultiver l’agréable & l’utile.


Soène : Renée Vivien

Dans mon âme a fleuri le miracle des roses.
Pour le mettre à l’abri, tenons les portes closes.
Je défends mon bonheur, comme on fait des trésors
Contre les regards durs et les bruits du dehors…


Martine : Anna Akhmatova, Plantain

Il est chaque jour,
Une heure trouble et lourde.
Je parle, sans ouvrir mes yeux ensommeillés,
À voix haute avec mon angoisse.
Elle a un battement comme le sang.
Elle est tiède comme une haleine.
Comme un amour heureux
Elle est raisonnable et méchante.

 


Même les sorcières lisent : Maurice Carême, Du ciel dans l’eau

PRINTEMPS EN VILLE

Le printemps submerge la ville
D’oiseaux qu’il lance sur les toits.
Partout des visages tranquilles
Fleurissent les carreaux étroits.

 

Le vert a envahi les parcs
Où les platanes font la roue.
Les statues ont bandé leur arc
Et mettent les passants en joue.

 

Vous aurez bientot des lilas
Où vous cachez, les amoureux,
Et les bancs qui sont près de là,

 

Surpris par l’éclat de vos voix,
N’écoutent plus les vieux
Que l’hiver retenait chez eux.


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