20160503_110641 BOSQUET
Alain Bosquet, Je ne suis pas un poète d’eau douce © Gallimard, 1996

RUE DE LA GORGE CHAUDE

Rues de l’Exil et de l’Extase.
Rue des Genoux Trop Écartés.
Rue des Dieux qui se Pendent.
Rue des Oiseaux Moqueurs.
Rue du Livre Puceau.
Impasse des Licornes
car on en voit encore au crépuscule,
l’hiver, quand les passants deviennent rares.
Impasse de la Vie qui est déjà la mort.
Avenue des Infantes trop Faibles
pour monter sur un trône.
Avenue du Matin
qui n’ose jamais se lever.
Avenue de la Lune :
celle qui boit son lait
entre les mains des enfants parricides.
Faubourg Du Baobab :
les corbeaux y apportent leurs charognes.
Faubourg de L’Origine
où tout ce qui finit sans cesse recommence.
Faubourg de l’Équateur,
pour ses calmes sonates.
Faubourg des Voluptés
où chaque promeneur laisse sa peau,
son âme et sa mémoire.

– Dis-nous, poète, quelle est cette ville
que toi seul peux nommer ?
Ne nous dis rien : ajoute lui, à chaque page,
une maison, un square, une fontaine,
et réinvente là.

Alain Bosquet (1919-1998), Je ne suis pas un poète d’eau douce
– Poésies complètes (1945-1994)

© Gallimard, 1996


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