Henry Bauchau et Lionel D., En noir et blanc

Henry Bauchau était un personnage aux multiples facettes : psychanalyste, dramaturge, romancier, poète… Des facettes multiples qu’il réussit à concilier.

Et en fouinant sur le net, à la recherche d’une bibliographie plus exhaustive que les « officielles », je viens de découvrir qu’il était le beau-père de Mijanou Bardot, sœur de Brigitte ! Un espace de sa vie supplémentaire.

J’ai « rencontré » Henry Bauchau, en novembre 2009, dans des circonstances personnelles très particulières et douloureuses. Je lisais « L’enfant bleu » et ce que j’en ai écrit est ici, dans mon premier blog. Une lecture qui m’a marquée. J’avais aimé ce récit, l’écriture d’Henry Bauchau et cette aventure partagée avec un adolescent autiste, Orion, qu’il accompagnait en psychothérapie. Depuis, ma vie est devenue une autre vie. Mais Henry Bauchau et ses ouvrages sont toujours restés près de mon intérêt : Œdipe sur la route, Le Boulevard périphérique, Antigone sont dans ma bibliothèque. Lus, même si pas chroniqués.

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© Lionel D.

En noir et blanc n’est pas la suite de L’enfant bleu.  même s’il est paru un an après. Même si Orion est présent. Orion est devenu artiste et signe de son prénom, Lionel, cette co-écriture avec Henry Bauchau. Les deux auteurs sont devenus partenaires, complices : alors que l’écrivain propose quatre récits – dont l’un est un extrait de L’enfant bleu -, Lionel lui répond par des illustrations graphiques. Un dialogue où les mots résonnent et rebondissent sur les dessins de Lionel D., comme un écho qui amplifie l’un, qui intensifie l’autre. Le va-et-vient entre les récits de Bauchau et les compositions de Lionel les magnifient, leur donnent sens. La rencontre entre l’art et l’écriture prend force.

Il n’est question dans ce très court opus que de « l’opposition complémentaire » qui existe entre le blanc et le noir, l’un donnant valeur à l’autre et réciproquement. C’est en recherchant le sens littéraire de ce mouvement alternatif entre deux formes d’expression que j’ai découvert Roman Ossipovitch Jakobson et ses travaux sur le binarisme linguistique. Sans approfondir, je n’oserais même pas y songer, il s’agit bien d’une sorte de cadencement du jeu de deux langages différents.

Les récits ne sont « que » la relation de banals moments quotidiens : la lecture en est aisée. Les œuvres graphiques, quant à elles, plus abstraites – et peut-être plus dérangeantes – s’apparentent à l’art brut. Si le geste artistique est vecteur de communication, il n’est pas illustration du texte auquel il répond (dans le sens habituel).

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© Lionel D.

J’ai particulièrement aimé la deuxième nouvelle, Poupée. L’histoire semble anodine : elle relate des souvenirs de vacances de trois enfants et de leur mère, chez leur grand-père.

 

 » La pesanteur, chez nous, au Nord, je l’ai vue chez notre grand-père maternel quand il faisait entrer les clients dans son cabinet d’avocat ou arpentait l’avenue des Alliés pour aller rejoindre au café ses amis politiques. »

Une pesanteur qui va en quelques pages s’installer de plus en plus oppressante, comme cette oeuvre de Lionel en écho du texte de Bauchau.

Le point d’orgue, c’est l’un des garçons qui le décrit.

« Au bord des larmes, elle [maman] s’est tournée vers nous, l’air de dire : voyez, je joue [du piano] pour lui, et il me tape devant vous, il tape votre maman. »

Poupée, la toute petite-sœur, s’alarme de voir sa maman ainsi malheureuse et c’est elle qui dénouera la situation.

« Maman nous a demandé : « qu’est-ce que mes grands garçons pensent de leur petite sœur ? » […] « Elle a eu peur comme tout le monde, mais elle sait ce qu’elle ne veut pas. »

Lionel D. puise dans le monde des fantômes qui l’habitent pour laisser aller sa créativité débordante et la mettre en résonance avec les mots de Bauchau. J’avoue que j’aime cet aspect contrastant entre l’écriture et la représentation.

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© Lionel D. à propos du texte d’Henry Bauchau « Le cimetière dégénéré » – extrait de L’enfant Bleu

Henry Bauchau, En noir et blanc, vu par Lionel D.
© Les éditions du Chemin de fer, novembre 2005


© martine 26/04/2016

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6 réflexions sur “Henry Bauchau et Lionel D., En noir et blanc

  1. Ce que tu écris des illustrations et des textes me fait penser au projet des éditions Esperluète : toujours une collaboration entre plasticien et écrivain, mais pas forcément illustration de l’un par l’autre. Tu apprécierais peut-être le projet dans leurs livres aussi (outre ceux de Myriam Mallié).
    Pour Bauchau, je te l’avais dit, je crois, il reste à découvrir pour moi, « un jour ».

    Aimé par 1 personne

    1. Il n’est pas auteur « facile », cet Henry Bauchau. Mais ce recueil-ci, même s’il ne m’a pas été simple de le chroniquer, passe très bien.
      J’irai voir, oui, chez Esperluette.

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  2. Bonjour Martine,
    Je vais de ce pas noter ces deux livres dans ma liste d’envie 🙂
    Tient il y a une rue des Alliés à Forest-Bruxelles, une rue près de mon école primaire entre mes huit et douze ans. 🙂
    Le livre que tu cites sur l’autisme, sujet qui m’intéresse aussi, me semble bien à lire. C’est triste ?
    Je me suis bien amusée et qu’est ce que cela m’a fait rire les illustrations en N/B. Surtout les squelettes j’adore. Pour le coup j’ai pensé à Jérôme Bosch juste par association. Ce peintre lors d’une exposition à Rotterdam, et des toiles vues de près m’avait fort impressionnées de par son génie. J’étais plus âgée, alors que les premières fois que j’avais eu un contact avec ses toiles, en étant plus jeune, elles m’avait vraiment effrayées. (Digression terminée) 😉
    Donc ces squelettes me font sourire de par la dérision du dessin. Le N/B quel bon choix. Et puis tu le sais en Belgique nous aimons cet humour là et j’aime l’humour anglais et l’humour noir aussi 🙂
    L’illustration colorée est belle. 🙂

    Quant aux liens qui existent entre l’écriture et l’art graphique, cela doit être intéressant ce que tu mets comme référence. Je m’intéresse à beaucoup de choses, même si je ne l’étale pas trop dans des articles sur mon blog. C’est en répondant ainsi que je puis davantage m’étendre sur un sujet posté.
    Merci pour ton partage.
    Belle journée, ici plein soleil.
    Bises.

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