J’avais d’abord refusé énergiquement lorsqu’il m’avait proposé de monter dans son automobile :

– Ben voyons ! Monsieur pense que  l’approximatif accroche-cœur  qu’il s’est sculpté sur le front va amener la Demoiselle à répondre affirmativement à son invitation graveleuse !

Le sourire enfantin (et enjôleur) du jeune homme m’avait finalement convaincue ; je me suis dit que les arabesques de sa frisette n’étaient peut-être qu’une anamorphose (je venais d’apprendre le sens de ce terme quelques jours avant, et je ne suis pas tout à fait sûre de l’avoir bien compris. Mais j’aime bien la musicalité du mot). Je suis montée dans la voiture. Il m’avait proposé un programme alléchant :

– Je t’emmène chez Ambre, une amie de longue date. Ce soir, elle organise une fête.

Bon, c’est un mec qui crève de solitude et qui a peur de paraître bizut dans une soirée. Je suppose qu’il va me demander d’agir comme si j’étais sa petite amie, sourire, roucoulade, clin d’œil et tout et tout. Et pourquoi pas ? Ça va me changer les idées, ajouter un peu de piment à ma vie tristounette depuis qu’elle s’est envolée, sans crier gare, pour s’agenouiller  aux pieds d’une plus belle que moi. Ou plus intelligente. Ou plus rigolote. Ou plus caressante. Ou moins jalouse. Je ne sais pas.

Lorsque nous arrivons, mon gigolo et moi, nous sommes accueillis par la maîtresse de maison. Dieu ! Qu’elle est belle ! Belle, envoûtante… mais étrange, inquiétante. Elle nous fait entrer dans la pièce où une cohorte de femmes, toutes aussi charmantes les unes de que les autres évoluent, conversent gracieusement. D’homme, point. D’ailleurs, où est donc passé mon bellâtre ? Mon hôtesse me rassure : une course pressante à effectuer, il va revenir.

– Mais venez que je vous présente !

Je m’aperçois qu’elle ne me demande pas mon identité et que, visiblement elle ne connait pas celle de ses invitées puisqu’elle ne les nomme pas. Un véritable essaim s’agglutine autour de moi, ondule, tournoie, frissonne… j’ai la bouche sèche. On m’effleure, m’enlace, me frôle… j’ai la bouche sèche. On m’abreuve de compliments, de flatteries, de galanteries… j’ai la bouche sèche.

De cette grappe féminine émerge une main, une main tenant un verre… j’ai la bouche sèche, alors je m’en empare et bois avidement. Je bois sans pouvoir apaiser ma gorge déshydratée, je bois, je bois. La soif ne me quitte pas… J’ai la bouche sèche…

Je tournoie comme une abeille autour d’un abricot trop mûr ; je me sens complètement ahurie  dans  l’ambiance azimutée de cette soirée à laquelle j’ai accepté de participer.

Je ne sais pas, je ne sais plus.

Je me retrouve, nue, le lendemain, en train d’arpenter la rue d’une ville inconnue. J’ai la bouche sèche.

Où suis-je ? Que m’est-il arrivé ?

Une voiture s’arrête à ma hauteur, je reconnais la houppette ravageuse :

– Ambre t’attend. Elle veut t’offrir à boire.

J’ai la bouche sèche…

 

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Il fallait utiliser :

ABEILLE, ARABESQUE, AMBRE, ARPENTER, AUTOMOBILE , AJOUTER, ABRICOT, ACTIF, AZIMUTÉ, S’AGENOUILLER  ANAMORPHOSE AIMER , ACCROCHE-CŒUR, AFFIRMATIVEMENT, APPROXIMATIF, ALLÉCHANT, AMBIANCE, AHURI , AGIR, ABREUVER

Et la phrase qui tue :

« La soif ne la (le) (me)* quittait plus. »


© Martine – 23/03/2016

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