Werner Lambersy, Escaut ! Salut, Schelde ! Gegroet

L’Escaut est un fleuve européen de 355 km de long, qui traverse trois pays (France, Belgique, Pays-Bas) et cinq régions, avant de se jeter en mer du Nord.

C’est un fleuve lent et peu puissant sur lequel l’influence de la marée se fait sentir jusqu’à 160 km de l’embouchure. Son estuaire fait jusqu’à cinq kilomètres de largeur et les vasières qu’il a créées présentent une richesse écologique exceptionnelle, bien qu’il soit artificialisé par la poldérisation des Pays-Bas.

Cet Escaut-là est un fleuve, soit. Un fleuve lent et peu puissant. Un fleuve parmi les 160 fleuves dénombrés dans le monde. Et dans la famille « fleuve », il y a les très grands qui snobent. 6718 km. Et les touts petits minuscules : 36 m, excusez-moi du peu.

Et puis… et puis… y’a l’Escaut, celui de Werner Lambersy.

S’il vous prend le désir d’entreprendre sa découverte, de flâner le long de ses berges, d’explorer sa force et sa noblesse, ne vous munissez que de ce recueil poétique, et empruntez les chemins de halage au gré des mots de l’aède.

« Villes et villages prospèrent toujours au bord d’une rivière.
Les écrivains aussi.

On pourrait dire hâtivement que de l’eau naissent les écrivains, sortes d’Aphrodites littéraires surgis de l’écume. Comme eux, Lambersy est né de cette eau. Enfant de l’Escaut, en quelque sorte.

Il n’est pas le seul : Émile Verhaeren, Max Elskamp, Georges Eekhout, Maurice Maeterlinck, Pierre Louys, Georges Rodenbach, Seuphor et Hugo Claus en ont émergé, peu à peu, jusqu’à composer le canon de la littérature belge. »

Michaël Vandebril, poète « aan de Schelde »

L’Escaut de Lambersy, c’est « son pèlerinage poétique qui commence à Antoing, à la frontière belgo-française, et se termine à Anvers ».

L’Escaut de Lambersy, c’est le flot de ses mots pour dire celui de l’eau qui circule à travers la Belgique et fait fi des querelles linguistiques. D’Antoing à Anvers, il invite son lecteur à pénétrer dans ces villes fluviales, au fil d’une « suite zwanzique et folklorique ».

Le recueil est bilingue, traduit par Guy Commerman, et préfacé par Mickaël Vandebril. Une édition spéciale contient des photographies de Romain Mallet.

Antoing – Antoing

La Belgique est un
grand entonnoir

et partout où il pleut
c’est un peu la
Belgique

Tournai – Doornik

Les mouettes
s’entêtent à prendre
les vélos du vent

pour faire grincer
les girouettes
et fumer

la vieille bouffarde
des maisons
à pignon

Audenarde – Oudenaarde

Peut-être
faut-il entrer comme à Venise
par le canal

suivre la lumière des Flandres
au fil des fenêtres
à meneaux

Gand – Gent

Au cœur de la ville
où passent des calèches de
touristes et des autos

là où se penchent
sur la jeunesse en blue jean

de gothiques gargouilles et
des affiches de vamps

aux fesses lisses en moules
de Zélande

au coin d’une ruelle
cette boutique maraboutée
de mouches

dont on pousse
les grelots de la porte et sa
marotte de bouffons

Wetteren – Wetteren

La grande affaire
c’est la terre qui respire

la partie d’échecs
du chaume et des friches
en plains champs

jusqu’au bord du chemin

Termonde – Dendermonde

Bayard
cheval de Troie du Nord
et la joyeuse entrée

Dans Termonde la bouche

pour échapper
aux chiourmes du monde
avare en joies

Anvers – Antwerpen

c’est la musique
lorsqu’elle fait rendre gorge
à la lune

comme le chat qu’on égorge

quand Wannes Van de Velde
et Ferré Grignard
grattent la guitare de tempête

descendue du grand nord du
cœur et qu’ils relèvent
le col fourré
des vagues sur la lune ridée
du vieux port

Werner Lambersy, Escaut ! Salut,
septembre 2015, © opium éditions

mois belge


Pour le « mois belge d’Anne et Mina »

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© martine 04/04/2016

 Écri’turbulente sur FB

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9 réflexions sur “Werner Lambersy, Escaut ! Salut, Schelde ! Gegroet

  1. Merci pour la balade, au bord de ce fleuve que je ne connais que par la littérature moi aussi (par Marie Gevers l’an dernier, elle en parle très bien dans La comtesse des digues, notamment de ces marées).

    Aimé par 1 personne

      1. C’est un autre genre, plus classique. Je l’avais lu en LC avec Anne l’an dernier, tu trouveras un article chez elle aussi, et je sais que des lecteurs le présenteront vendredi, tu auras de quoi te faire une idée. 😉

        Aimé par 1 personne

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