Rencontre avec Philippe Claudel

20160324_183855 LIBRAIRIE LCIOLESPhilippe Claudel était présent à la Librairie Lucioles de Vienne, ce 24 mars, pour présenter son roman dernier-né L’arbre du pays Toraja.

20160325_072718 Philippe Claudel L'arbre du pays Toraja

À la suite de l’immanquable séance de dédicace, une passionnante conversation-lecture s’est instaurée avec une cinquantaine de personnes. Ce fut pour lui l’occasion de parler de lui, aidé par les questions des libraires, des lecteurs et d’un groupe d’élèves qui ont travaillé sur La petite fille de Monsieur Linh, un roman paru en 2005.

Je vous propose ici une petite « compilation » de certains de ses propos, un peu désordonnée, certes, mais reflets de ce moment captivant que j’ai vécu à l’écouter.

À propos de lui

J’ai jamais voulu être écrivain, c’est d’ailleurs un terme que je n’aime pas employer pour parler de moi. J’ai eu envie d’écrire en découvrant la lecture. J’aime me raconter des histoires.

Lorsque j’étais à l’école primaire, j’avais un instituteur très « Troisième République », très sévère, qui nous faisait bien sûr étudier les poètes classiques (les monuments, les intouchables), mais qui, chaque semaine, nous demandait d’écrire deux vers sur ce que nous voulions. Il m’a autorisé à écrire.

À propos de l’écriture

Il faut exercer l’écriture pour s’améliorer.

Parfois on écrit dans son cerveau mieux que nulle part ailleurs.

À propos des livres

Tout ce qui est dans les livres est vrai.

Les livres sont comme des Belles au bois dormant : ils n’attendent qu’à être éveillés.

Dès que j’ai terminé l’écriture d’un livre, il ne m’appartient plus. Il appartient à son lecteur.

À propos de ses racines (lorraines)

Je suis nourri du lieu qui me nourrit depuis que je suis enfant.

Mes textes ne sont pas géographiquement situés, même si certains lecteurs ont pu voir dans Les âmes grises une référence à la Lorraine.

La géographie, c’est l’art de rêver la terre.

À propos de l’amitié

Beaucoup d’humains vivent de grandes histoires d’amour. Rares sont ceux qui connaissent de grandes histoires d’amitié.

L’amitié naît de la façon dont on se touche. Pas avec les corps, sinon ça s’appellerait l’amour. On peut se toucher par les mots : une amitié de langage.

À propos de la maladie

Le fait de ne pas aimer et de ne pas être aimé à un moment de sa vie crée une vulnérabilité.

À propos du vieillissement du corps

Au début, le corps est un « outil brut, dont l’enfant explore les possibilités. » Puis il devient un corps compagnon, plus tard un corps amical,« l’homme oublie son corps car celui-ci jamais ne le gêne », mais, au-delà de quarante ans, la musique change, on bascule dans « un corps hostile, puis inamical, souffrant, ennemi, perdu. »

Le corps, à un moment de notre existence, nous rappelle que c’est lui le maître, que c’est lui qui décide.

À propos de la mort

La mort, « la force qu’ont les hommes de ­durer », la faculté d’« apprendre à mourir » à laquelle croyaient Socrate et Montaigne, la capacité à continuer de vivre après la mort de l’autre. « Poursuivre sa vie quand autour de soi s’effacent les figures et les présences revient à redéfinir constamment un ordre que le chaos de la mort bouleverse à chaque phase du jeu. Vivre, en quelque sorte, c’est savoir survivre et recomposer »

collage 1

© Martine – 25/03/2016

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28 réflexions sur “Rencontre avec Philippe Claudel

    1. Ce sont des soirées très précieuses que ces rencontres avec les auteurs : elles donnent à leurs textes une autre dimension 🙂
      Belle journée, Aifelle, et merci de ta visite.

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    1. Philippe Claudel semble beaucoup apprécier le vin : il y a fait souvent référence pendant cette conversation.
      Peut-être est-il un écrit-vin ? En tout cas, je suis sûre qu’il n’est pas un écrit-vain 😉
      Je pense qu’il est complètement bon, comme le vin, quand il prend un peu d’âge 😉

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  1. Je suis sous le charme ! Moi aussi je commence à écrire dans ma tête …mais le résultat n’est pas le même !!! 😆 Et j’ai lu « le Bruit des Trousseaux » (à l’hôpital en 2014) alors forcément il a résonné encore plus fort ! J’avais commencé par « Le café de l’Excelsior » (adoré), puis « Les âmes grises », « L’Enquête », « Parfums » mais celui dont on parle peu et qui est je crois mon préféré c’est « Meuse l’oubli »… Me restent dans ma PAL « Le rapport Brodeck » et « La petite-fille de Mr Linh ». Un auteur qui me touche et j’aurais aussi tendance à dire comme Anne DLLN qu’il restera un grand auteur du XXème et du XXième… J’aime son côté taiseux, humble et rêveur ainsi que sa plume ! Tu as pris « L’arbre du pays Toraya » ? Dédicacé ? Quelle belle soirée tu as passé, ça valait le coup de conduire de nuit ! Merci pour tes impressions et ton « reportage » ! Bises ma Tine♥

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    1. Taiseux, oui. J’aurais même eu envie de dire « bourru ». En Lorraine (d’où il vient et d’où je viens), on dit « taugnard » (avec un « o » peut-être). Un peu mal embouché…. C’est vrai que ses sourires sont rares, qu’il est réservé. Et humble aussi.
      C’est un drôle d’homme : une érudition qu’il ne met pas en avant mais qui semble être un fondement solide.
      Il a évoqué « Meuse l’oubli », sans trop s’étendre. Ton billet me fait dire que j’ai du boulot pour faire davantage connaissance avec lui : je n’ai lu que « La petite fille de Monsieur Linh », « Un monde sans enfants », « De quelques amoureux des livres ». En effet, je suis repartie avec « L’arbre du pays Toraja », dédicacé bien sûr ; les premières pages m’ont emballée…
      Mais nous en reparlerons, tu t’en doutes.
      Bisous, ma Lisa ♥

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        1. Mais, dit-il, il en parle toujours, de cette Lorraine 🙂 Même s’il ne la nomme pas. Parce qu’il parle de lui et de la Lorraine qui l’a construit (et qui continue à le construire, puisqu’il y vit toujours).

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    1. Comme je viens de le dire à Miss Aspho, Philippe Claudel est très prolifique : 14 romans, 7 recueils de nouvelles, 15 « autres œuvres », et 3 préfaces (dont celle de « Les Vosges par le cul de la bouteille »)… Ya du boulot 😀

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  2. Je considère que Philippe Claudel est un des plus grands romanciers français (avec Gaudé, notamment). J’adore son écriture, ses histoires, ses univers, les réflexions qu’ils suscitent. Merci pour ce bon moment de partage avec un homme qui, j’en suis sûre, doit être aussi passionnant à entendre qu’à lire.

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    1. Oui, j’ai aimé l’entendre parler, en toute simplicité, de ce qui l’anime et qu’il transmet dans ses romans.
      Et les réflexions qu’il suscite, ce sont les siennes qu’il exprime au travers de ses fictions. Il a évoqué l’un de ses romans, le seul, dit-il à être de la non-fiction : Le bruit des trousseaux, qui relate son expérience professionnelle en milieu carcéral. L’as-tu lu, Anne ?

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    1. Philippe Claudel disait à propos de ce roman que c’était sans doute le livre le plus « violent » qu’il ait écrit, alors que la plupart des lecteurs (et surtout français, puisqu’il est traduit) n’y ont lu qu’un texte sur l’amitié.
      Ton fils a-t-il aimé cette lecture ?

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      1. C’est vrai qu’il y a cette belle amitié (instantanée) mais je suis d’accord c’est violent. La souffrance est présente presque à chaque page.
        Oui il aimé tout comme « Le rapport de Brodeck sur lequel il a fait un bon travail. Son frère plus jeune a moins accroché.

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