La conférence inachevée du Professeur Taurus

Amis lecteurs,

Je suis au désespoir : j’ai entraîné, à l’insu de son plein gré, le Professeur Taurus dans une nouvelle aventure abracadabrantesque, dont il ne parvient pas à s’extirper. Je viens de le retrouver, agrippé dans un arbre, en train de hurler : « Monsieur Ahmed, je viens vous tirer d’affaire ! »

Et quelle affaire !

Taurus a subitement quitté l’amphi dans lequel il expliquait qu’un train vaut mieux que deux tu l’auras, laissant en plan ses étudiants – et moi, par la même occasion -.

Je ne peux que vous proposer les premiers paragraphes de sa conférence et vous suggérer de trouver une chute.

PS1 – N’oubliez pas de poser une couverture au pied de l’arbre, pour l’amortir… la chute !

PS2 – J’aurais mieux fait de m’en tenir à « Ne jamais commencer vaut mieux que ne jamais finir.« 

PS3 – Les Japonais disent : « Si tu veux commencer quelque chose, envisage déjà la fin« … C’est un conseil que je n’ai pas suivi…


Mes chers étudiants,
Après trois mois passés à l’as pendant lesquels je fus envoyé paître comme un vulgaire mamellifère dans un pré carré à trois coins, en décembre, blanchi comme agent sale, en janvier, et champollionnisé dans les déserts gréco-sphinxo-égypchiens de traîneau, en février, je vous laisse deviner mon bonheur de me retrouver à cette chaire, qui, je vous l’assure ne sera pas faible. Certes, je ne vendrai pas les plumes de la mésange que je tiens dans la main avant d’avoir tué la grue qui vole dans le ciel, parce que, croyez-moi, il ne faut pas quitter le certain pour l’incertain.  Mais au train où vont les choses, me direz-vous…
Parce que, mes chers étudiants, je vais vous démontrer qu’un train vaut mieux que deux tu l’auras.
Reportez-vous au 3 germinal an XII. Non ! Pas le terminal 3 en douze … leçons pour les Nuls. Le 3 germinal an XII, ou, pour les incultes que vous êtes, le 23 mars 1804. Ce jour épique de l’époque, Monsieur Ahmed Ben Youtube, demeurant à El Kantara ignorait qu’il habiterait un jour dans un département français. Paisiblement, il s’adonnait à son activité préférée et très lucrative : mettre les dattes en branches. Il faut savoir qu’à cette épique époque les dattes poussaient en ordre dispersé. N’importe où, n’importe comment, la tête en bas, le ventre à l’air. Il faut savoir  aussi qu’à cette épique époque, Monsieur Léon Napo, qui n’avait pas encore mis les pieds en terre d’Afrique – mais qui en rêvait si fort que les draps s’en souviennent – avait déjà mis en place la réforme de l’orthographe et que « datte » s’écrivait « date ». Monsieur Ahmed s’en souciait peu de la réforme du Léon. D’ailleurs Monsieur Ahmed ne savait même pas que Monsieur Napo existait.
Mais il avait un souci, Monsieur Ahmed. Un gros souci, énorme, pharaonique dirais-je pour éveiller l’intérêt de Monsieur Rx Bodo que je vois bailler là-bas au fond de l’amphi. Non non, Monsieur Patte, ne vous agitez pas ! Monsieur Ahmed ne se souciait pas du quand-dit-raton ! Mettre les dates en branche ne provoquait la risée que des imbéciles. Le souci de Monsieur Ahmed, maintenant qu’il avait trouvé un truc pour ranger ces dates dévergondées qui se mélangeaient les rameaux, était de les mettre au régime et de les expédier partout ailleurs qu’à El Kantara. Parce que Monsieur Ahmed n’est pas l’ancêtre de l’Arabe qui a découvert longtemps, très longtemps, très très longtemps après lui qu’il en vaut mieux une dans la main que dix sur l’arbre. Lui, Monsieur Ahmed, il était généreux ; il voulait faire profiter ; il était sûr que l’humanité reconnaissante le gratifierait de généreuses compensations. Il se bouchait les oreilles quand Monsieur Hiro Datto, un étranger venu du Levant il y a trois siècles, lui soufflait perfidement : « Plutôt cinquante aujourd’hui que cent demain« .
– Monsieur le Professeur, souffla Mademoiselle Dithyrambe, vous déraillez ! Vos étudiants attendent votre éloquente et persuasive démonstration du concept « un train vaut mieux que deux tu l’auras »…  
– Dérailler, me dites-vous, Mademoiselle ! Vous ne pensez pas si bien dire et votre remarque tombe fort à pique de brochette pour enchaîner la suite de ma conférence.
Vous l’avez compris, chers étudiants, Monsieur Ahmed était bien encombré des ses dates, maintenant qu’ils les avaient mises en branches et qu’il ne savait comment en faire profiter ses congénères. Désespéré, il grimpa dans son dentier. Je mes gares de marchandises. Dans son datier. Et que vit-il au bout de sa lorgnette ? Oui que vit-il ? Oui je vous le demande ! Là-bas, là-bas chez Monsieur Léon, depuis 1 mois et 2 jours, ils avaient trouvé le moyen de transporter les choses. Chez eux, les dates étaient noires et dures et ils les utilisaient pour se chauffer. Elles n’étaient pas en branche, mais dans des espèces de bassines. Et… et les bassines, posées sur des morceaux de ferraille bien alignés, glissaient, glissaient, glissaient….
Mais… se dit Monsieur Ahmed dans sa Ford intérieure. Oui, je vous le concède, les tracteurs Ford n’existaient pas encore. Mais faute de bœuf, on fait labourer par son âne, vous ne l’ignorez pas. Et Monsieur Ahmed, qui n’était pas un baudet…
– Monsieur le Professeur, insista Mademoiselle Dithyrambe, vous déraillez ! Vos étudiants attendent votre éloquente et persuasive démonstration du concept « un train vaut mieux que deux tu l’auras »… 
– Dérailler, me dites-vous, Mademoiselle ! Vous ne pensez pas si bien dire et votre remarque tombe fort à pique-feu pour attiser la chaudière du train de Monsieur Richard Trevithick,  pour enchaîner la suite de ma conférence.
Mes chers étudiants, avez-vous maintenant compris que le train du 2 ventôse an XII ne fut pas celui qui transporta les dates de Monsieur Ahmed ? Non ? C’est parce qu’il savait que mieux vaut un oiseau dans la main que dix sur l’arbre, ce brave homme!
– Monsieur Taurus, permettez-vous que je vous interrompe ? grogna une voix dans l’amphithéâtre.
– Je vous en prie, cher Monsieur, je vous en prie !
– Je suis le descendant de Monsieur Ahmed Youtube, dont vous semblez vous gausser.  Mais vous ignorez que quand le train est passé on ne le rattrape pas !

proverbe japonais

Bafouillé pour l’Agenda Ironique (sans ironie), dat[t]é par un chat tribulateur qui met sa patte là où il ne faut pas

© Martine – 18/03/2016

 Écri’turbulente sur FB

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18 réflexions sur “La conférence inachevée du Professeur Taurus

  1. J’en suis muette d’admiration

    Professeur Taurus et Melle Dithyrambe , je ne peux que prendre datte de votre
    Prochaine conférence , je me mettrai au premier rang pour ne pas en perdre une miette :-))

    Aimé par 1 personne

  2. vois ! le tremblement de terre a fait partir mon commentaire avant la fin, sait-on jamais avec ces dates dans l’ordre, ou pas ! mais la meilleure façon d’attraper un train étant de rater le précédent, voilà qui est fait !
    Bisous hilares !

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  3. Fille de cheminot, je peux t’assurer qu’un train peut en cacher un autre et j’ai tant ri à la lecture de cette conférence que le sismographe voisin a sans doute enregistré une onde sismique importante sur l

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  4. P.S. : tssss, c’est du faux japonais, je connais les idéogrammes (et les deux alphabets japonais -katakana & hiragana-) , hormis un ou deux « signes », ceux-ci n’ont aucun sens ! Tsss ! 🙄

    Aimé par 1 personne

  5. Aïe, j’ai mal au ventre tellement je me suis marrée ! Il est barré ce pauvre Taurus ! Mais pour notre plus grand plaisir, ses errements n’ont d’égal que les rétro-pédalages que doit effectuer cette pauvre Dithyrambe pour le suivre ! Excellent ma Tine ! 😀
    P.S. : pourrais-je avoir une datte ? avec deux « T », j’adore ça ! 😀

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  6. Cher Professeur Taurus. Excusez-moi, mais j’étais derrière Rx Bodo et je rigolais aussi dans mon dattier. Votre conférence n’a pas attendu le nombre des marées pour nous captiver et nous faire prendre conscience que la langue japonaise est pleine de rebondissements incongrus. Néanmoins, il me semble avoir trouvé un certain nombre d’irrégularités pantagruéliques dont nous pourrions causer une fois qu’Ahmed Youtube aura trouvé le chemin de la juste voix. Quant à Léon Napo et ses réformes, elles me semblent antidatées par rapport aux rails et à la soie, ce n’est que justice. Bien à vous.

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  7. C’est le professeur Taurus, la date perchée sur la branche, sur la photo ? Je suppose qu’il règle l’heure d’arrivée du train qui est déjà passé, afin de le rerailler avec le rivet six.
    Taurus donne des vapeurs à mademoiselle Dithyrambe, qui ne se laisse pas démonter pour autant. Quelle imagination !
    Tant Rx rigole dans l’amphi qu’à la fin une patte s’agite !
    C’est un délicieux panier garni de bons mots que Taurus nous fait déguster.

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  8. Hassan Siif, avocat au barreau de la traverse, me disait l’autre jour qu' »il ne faut jamais défendre avant l’arrêt complet. »…
    Mais ça n’a rien à voir avec les zaventures de Taurus et Dithyrambe ! D’ailleurs, quand t’esse que mademoiselle D. s’affranchit de son prof ? elle mérite bien sa propre mini-série, non ?

    Aimé par 3 people

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