Résumé des sphinxitudes précédentes :

Lire sphinxitude # 1 –  Le Professeur Taurus, illustre psychiatre galactiquement reconnu, a reçu en consultation un étrange individu qui affirme qu’un sphinx lui chatouille les narines toutes les nuits.

Lire sphinxitude # 2 – Edmond About, Honoré de Balzac, Victor Hugo et Joris-Karl Huismans ont prêté main forte au légendaire Professeur Taurus pour l’aider à éclaircir la première énigme que lui a posée son étrange patient, qui est, de fait, un « androsphinx« , c’est  dire un sphinx à tête humaine. Mais demeure la question de l’identité des cousins ; et celle de leur parenté avec une satanée bestiole qui lui gra-chatouille les naseaux.

Lire sphinxitude # 3 – Après l’andro, c’est le cornu qui a rendu visite à Taurus et son assistante. Un cornu têtu, qui annonce l’arrivée d’un plumé enfièvré… Quelle ménagerie !


 

κριόςΣφίγξ, dit Crio Sfinga de Prešporok ne put pas claquer la porte en sortant, il l’avait intégralement brésillée*. Mais sur son échine, il embarqua Imhotep, le chat de Mademoiselle Dithyrambe.

Ébahi, ébaubi, stupéfait, le Professeur Taurus perdit ce qui lui restait de dignité émotionnelle et, larmoyant, prit son assistante dans ses bras.

– Qu’allons-nous devenir ? Voici deux ronde-bosses* qui nous rendent visite, qui tourneboulent nos raisonnements, et le dernier nous menace d’avoir le foie dévoré par son cousin, si nous ne répondons pas à son absurde énigme !
– Monsieur, permettez ! Je ne suis que votre assistante, donc aux yeux de vos visiteurs, quantité négligeable. C’est à vous de répondre aux énigmes !

Elle se retint de dire : c’est VOTRE raisonnement qui est tourneboulé, c’est VOTRE foie qui sera ruiné. Alors, les yeux modestement baissés, ainsi qu’il convenait à son rang d’auxiliaire sans envergure, elle s’osa à donner un avis.

– Professeur, vous avez reconnu les deux premiers visiteurs : le premier n’était autre que le Sphinx de Gizeh, le deuxième s’était échappé de l’allée des sphinx criocéphales du temple de Karnac de Louqsor ; pas très difficile à reconnaître avec sa tête de bélier ! La troisième race de sphinx est celle des hiéracocéphales, à tête de fau…

Elle ne put achever son raisonnement. Par la béance de la porte parut, d’abord un bec, court et recourbé, puis deux yeux noirs perçants ; suivait une masse plumée, tentant de battre des ailes dans l’exigu couloir, mais les pattes… oh ! les pattes… absolument léonines.

– Vous devez votre grâce à vos consœurs la Professeure Jacou et la Professeure Monesille, Taurus ! piailla-brailla l’oiseau. Elles ont su décrypter l’énigme posée par mon cousin κριόςΣφίγξ ; sans elle, je venais vous bouffer le foie !
– Je ne sais qui vous êtes, Monsieur-Mondame-Masieur-Madame, mais je ne vous permets pas tant de vulgarité dans mon cabinet ! Quel mot avez-vous employé ? Bouffé ? En parlant de mon foie ? Quel mauvais usage de la langue ! L’auriez-vous fait enfler en le picorant ? Oui, je sais, vous vous seriez « empiffré comme une oie », en empruntant le Train de 8 h 47 de Monsieur Courteline. Et si, Monsieur-Mondame-Masieur-Madame, vous êtes qui je pense (mais auquel vous ne ressemblez que de profil), vous n’êtes qu’un émerillon* de petite envergure. Vous n’êtes qu’un oiseau de mauvais augure. Ne cherchez donc pas à m’impressionner ! Vous n’avez pas la tête de l’emploi et, tel un coucou rapineur, vous vous prétendez de la race des seigneurs dans le lit desquels vous vous vantez de vous immerger. Vous ne fûtes bon qu’à orner quelques pacotilles ; alors vous ne m’en imposez pas !

Le Professeur Taurus avait repris du poil de la bête en contemplant cet escogriffe à rémiges qui restait bec ouvert devant tant d’outrecuidance.

– Vous ne m’intéressez pas, reprit-il. Vos cousins ont excité ma curiosité et c’est moi qui, maintenant, vais vous poser une énigme :

Ce sont deux sœurs de la Grèce ancienne (frère et sœur sont-ils maintenant). L’une donne naissance à l’autre qui, à son tour, donne naissance à la première. Qui sont ces deux sœurs ?

Et, question bonus, qui sera le sphinxfinal, celui qui gras-chatouille les naseaux d’Andro et donne le chat-rit-varis à  mon amie Valentyne ?
Vous avez jusqu’au vingtième jour de ce mois pour rendre réponse à Rx Bodo. Si vous défaillez, sachez que je confierai votre rostre dérisoire à l’un de vos cousins, qui, grâce à votre bouffissure, Monsieur ἱερακοσφίγξ, libérera Monsieur Andro Sfinga de la géhenne qui lui jaffe* les orifices.


Le sens des termes brésiller, émerillon, jaffer et ronde-bosse se trouve dans le dico de l’écrevisse.

Prochaine sphinxitude à paraître le 20 février à 00 h 00


©Martine – 13/02/2016
Écrit pour l’agenda ironique de Rx Bodo, le maître de ces lieux

 Écri’turbulente sur FB

Revenir à la page d’accueil