Résumé des sphinxitudes précédentes :

lire sphinxitude # 1 –  Le Professeur Taurus, illustre psychiatre galactiquement reconnu, a reçu en consultation un étrange individu qui affirme qu’un sphinx lui chatouille les narines toutes les nuits.

lire sphinxitude # 2 – Edmond About, Honoré de Balzac, Victor Hugo et Joris-Karl Huismans ont prêté main forte au légendaire Professeur Taurus pour l’aider à éclaircir la première énigme que lui a posée son étrange patient, qui est, de fait, un « androsphinx« , c’est  dire un sphinx à tête humaine. Mais demeure la question de l’identité des cousins ; et celle de leur parenté avec une satanée bestiole qui lui gra-chatouille les naseaux.


Sphinxitude # 3 

– Pourquoi nous montre-t-il un visage sans nez ? demanda Taurus à Mademoiselle Dithyrambe.
– Que voulez-vous dire, Professeur ? il ne vous tout de même pas montré son arrière-train ?
– Voyons, reprenez-vous, chère ! Et demeurez dans la plus stricte décence !
– Vous allez encore vous alambiquer la cervelle, Monsieur !
– Il ne peut pas être dit que Taurus ne saura résoudre une énigme, aussi sphinxée soit-elle ! Il y va de ma renommée interplanétaire. Mais revenons à cette affaire de nez qui gra-chatouille par l’entremise d’un sphinx volant.
– Mais, Professeur, l’identité des cousins d’Andro Sfinga ne serait-elle pas importante pour désentortiller ces logogriphes ?
– Me prenez-vous donc pour un colas tombé de la dernière pluie ? Bien sûr que les cousins ont un rôle à jouer dans cette affaire !

Un vacarme épouvantable interrompit leur conversation.

– Mais qui donc fait un tel carillon dans le vestibule ?
– Parce que vous appelez l’entrée de votre cabinet un vestibule ! Dans mon temps, cher Monsieur, les propylées étaient autrement plus généreusement monumentaux que ce portillon ! Mais, je vous parle d’un temps que les moins de quatre mille ans ne peuvent pas connaître !

De l’individu vociférant qui venait de faire irruption dans le cabinet du spécialiste, Taurus et son assistante ne distinguaient qu’une espèce de rhyton suivi par un agglomérat statuaire qu’à première vue ils ne pouvaient identifier : un peu d’humain, un peu de fauve, un peu d’ovidé. Le phénomène était arrivé calebasse rabattue et naseaux fulminants.

– À vue de nez, on peut dire que son museau est intact ! murmura Mademoiselle Dithyrambe.
– Et si un sphinx s’amuse à venir lui gra-chatouiller l’organe, il y a fort à parier qu’il se fera exploser, ajouta le Professeur.

Alors que leur stupéfiant visiteur soufflait, vitupérait, vilipendait, œilladait sans vergogne la demoiselle épeurée, ils zyeutaient à la dérobée le seuil du cabinet complètement défoncé par les coups de boutoir qu’il avait eu à encaisser. Ils scrutèrent plus longuement l’olibrius. Les quinquets écarquillés, la bouche en cul de poule, l’assistante chuchota (et ça n’est pas si simple que ça avec une bouche comme ça) :

 – Avez-vous remarqué ses cornes spiralées ?

Le professeur,  tel un nourrain dyspnéique, ouvrait et fermait son bec sans qu’aucun son n’en sorte.

– C’est bien ce que m’avait dit mon cousin Andro, hurla le monstre, en rodomont. Vous êtes un âne bâté ! Vous ne savez pas distinguer un ἀνδρόςΣφίγξ d’un κριόςΣφίγξ ! Pffffffff ! Et ça se prétend professeur ! Mais où donc avez-vous fait vos humanités ! Le pire, c’est que vous vous prétendez humain et que, mes cousins et moi, vous nous tenez pour mythes fantastiques ! Je vais vous présenter γεράκιΣφίγξ ! À nous trois nous faisons la paire !
– Si je puis me permettre, argua Taurus, à trois vous ne pouvez former une pai….
– Mais taisez-vous donc ! Cessez vos péroraisons jaspineuses, monsieur-je-sais-tout ! Je vais vous poser mon énigme. Craignez l’ire de mon cousin si vous ne la résolvez pas : il est bien capable de vous dévorer le foie !

« D’abord, pensez au premier de ce qu’il faut apprendre
Lorsqu’on ne sait rien à l’âge le plus tendre.
Ensuite, dites-moi donc ce que fait par naissance
Celui qui, au palais, a élu résidence.
Enfin, pour découvrir la dernière donnée,
Il suffit de la prendre à la fin de l’année.
Vous connaîtrez ainsi la créature immonde
Que, pour rien au monde, vous n’embrasserez. »

(mais qui n’est pas γεράκιΣφίγξ)


Les expressions en caractères italiques sont extraites de l’ouvrage de Claude Bérisé, « Ça se disait autrefois », Éditions CPE, septembre 2007.

Visage sans nez : se disait du derrière
S’alambiquer la cervelle : s’épuiser en se consacrant avec beaucoup d’application à des choses trop abstraites
Faire du carillon : faire du vacarme, du tapage
En rodomont (à la -) : comme un fanfaron qui vante sa bravoure pour se faire valoir et se faire craindre


Le sens des mots logogriphe, colas, propylée, rhyton, nourrain & dyspnéique se trouve dans le dico de l’écrevisse.

Prochaine sphinxitude à paraître dans la semaine du 08/02/2016


©Martine – 07/02/2016
Écrit pour l’agenda ironique de Rx Bodo, le maître de ces lieux

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