La solitude

La solitude est une ville
Où tous les autres sont morts,
Les rues sont propres,
Les places dépeuplées,
Tout se voit d’un coup
Dilaté dans le vide
Si limpidement gardé.
La solitude est une ville
Où il neige à foison
Et où aucun pas ne profane la lumière
Déposée en couches,
Et seulement toi, œil éveillé,
Ouvert sur ceux qui dorment,
Regarde, il comprend, et tu n’en as pas assez
De tant de silence et de tant  de pureté
Où personne ne combat
Et n’est abusé,
Où trop claire
Pour faire mal
Est même la larme d’un animal abandonné.
Dans la vallée,
Entre la souffrance et la mort,
La solitude est une ville enchantée.

Ana Blandiana,
Autrefois les arbres avaient des yeux

Cahiers Bleus / Librairie Bleue – décembre 2005