Sophie Daull : Camille, mon envolée

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« Je ne veux pas être consolée. »

Si l’on me demandait d’extraire du roman de Sophie Daull une seule phrase, c’est celle-ci que je choisirais.

L’auteure est la Maman de Camille. Camille est morte à 16 ans, il y a peu. Sophie Daull est toujours la maman de Camille après la mort de sa fille. Les temps du passé sont à bannir.

« Je ne veux pas être consolée. »

Jamais ne dire à quelqu’un « Je me mets à votre place » ; impossible, même une infime fraction de seconde, de prendre la place de quelqu’un, quelle que soit l’intensité dramatique et émotionnelle de ce qu’il vit, quelle que soit l’authenticité de notre compassion et de notre bienveillance.

Sophie Daull est la mère d’une « envolée » ; moi, celle d’un « envolé« . L’une et l’autre nous n’avons pas choisi le même chemin qui tracera notre « devoir de fidélité » envers nos « chatons« , ainsi que, sans nous connaître, nous les surnommons ; toujours est-il que l’une et l’autre nous sommes animées par la même pulsion de vie. Si nos situations sont similaires, elles ne sont pas identiques. Parce que ni l’une ni l’autre ne pouvons nous mettre à la place de l’autre.

Ce sont ces intimes et sincères sentiments qui m’ont permis de lire le roman de Sophie Daull en toute sérénité. Ce texte est extraordinaire de vie, de force. Pas une once de pathétisme. Pas un simulacre de psychothérapie à la petite semaine ; je pense qu’écrire les derniers jours de la vie de sa fille et les premiers jours de sa non-vie contribue à la survivance de cette mère, mais pas à sa guérison. Le deuil n’est pas une maladie.

« J’ai l’intuition que rien de satisfaisant ne viendra éclairer ça, ce mystère, cette absurdité, cette tragédie, quel nom donner à ta mort, ce gouffre. »

C’est le mot « effroi » qui s’est niché en moi. Mais quel nom donner à un abîme, à un précipice ? Le plus pertinent est « mort « , sans doute.

« Ils disent : le « drame », la « tragédie », le « grand malheur qui vous est arrivé » (…) je leur dis de simplifier, d’appeler les choses par leur nom, de dire « la mort de Camille » (…) C’est aussi simple que ça. Je sens que ça leur paraît brutal, que ça déforme leur bouche. Mais tu n’es pas soluble dans les généralités. »

Avec Sophie Daull je suis en accord quand elle écrit : « Nous n’avons pas de nom. Nous ne sommes ni veufs ni orphelins. Il n’existe pas de mot pour désigner celui ou celle qui a perdu son enfant ».

Nous demeurons les parents de notre enfant. Même lorsqu’il n’est plus. Là, juste à côté de nous. Physiquement.

Merci à Anne de m’avoir prêté ce livre. (Son avis est ici). Je n’aurais sans doute pas pu le lire « avant ». Avant « avant », ni avant « maintenant ». Le chemin du deuil – que réfute Sophie Daull – est escarpé et redoutable. Mais, profondément convaincue, moi aussi, de mon « devoir de fidélité » envers mon envolé, j’atteste qu’il n’est pas impossible.

*En caractères gras, les mots de l’auteur. En caractères italiques, les miens. Pour dire.

Sophie Daull, Camille, mon envolée
Philippe Rey Éditeur, août 2015


©Martine – 23 janvier 2016 

 Écri’turbulente sur FB

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6 réflexions sur “Sophie Daull : Camille, mon envolée

      1. Merci Martine, pas pour l’appréciation, pour le partage. Nous ne sommes que ce rien qui met au tapis, portant, et c’est TOUT, la part nécessaire d’énergie humaine que le dépouillement rend vive.
        N-L

        Aimé par 1 personne

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