L’effort du poète vise à transformer vieux ennemis en loyaux adversaires, tout lendemain fertile et en fonction de la réussite de ce projet, surtout là où se lance, s’enlace, décline, est décimée toute la gamme des voiles où le vent des continents rançon cœur au vent des abîmes.
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Le temps vu à travers l’image est un temps perdu de vue. L’être  et le temps sont bien différents. L’image scintille éternelle, quand elle a dépassé l’être et le temps.

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Les enfants s’ennuient le dimanche. Passereau propose une semaine de 24 jours pour déposer le dimanche. Soit une heure de dimanche s’ajoutant à chaque jour, de préférence, l’heure des repas, puisqu’il n’y a plus de pain sec.
Mais qu’on ne lui parle plus du dimanche.

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Le poète ne peut pas longtemps demeurer dans la stratosphère du verbe. On ils doivent se lover dans de nouvelles larmes et pousser plus avant dans son ordre.

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Présent crénelé…

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Le temps n’est plus secondé par les horloges dont les aiguilles s’entre-dévorent aujourd’hui sur le cadran de l’homme. Le temps, c’est du chiendent, et l’homme deviendra du sperme de chiendent.

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Il existe une sorte d’homme toujours en avance sur ses excréments.

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Un homme sans défauts est une montagne sans crevasses. Il ne m’intéresse pas.

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Temps où le ciel recru pénètre dans la terre, où l’homme agonise entre deux mépris.

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Nous sommes écartelés entre l’avidité de connaître et le désespoir d’avoir connu. L’aiguillon ne renonce pas à sa cuisson et nous à notre espoir.

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S’il n’y avait pas parfois l’étanchéité de l’ennui, le cœur s’arrêtait de battre.

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Le poème est ascension furieuse ; la poésie, le jeu des berges arides.

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Si l’homme parfois ne fermait pas souverainement les yeux, il finirait par ne plus voir ce qui vaut d’être regardé.

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Je vois l’homme perdu de perversions politiques, confondant action et expiation, nommant conquête son anéantissement.

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Ce qui importe le plus dans certaines situations c’est de maîtriser à temps l’euphorie.

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Le poète, conservateur des infinis visages du vivant.

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La mémoire est sans action sur le souvenir. Le souvenir est sans force contre la mémoire. Le bonheur ne monte plus.

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On ne fait pas un lit aux larmes comme à un visiteur de passage.

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L’éternité n’est guère plus longue que la vie.

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À tous les repas pris en commun, nous invitons la Liberté à s’asseoir. La place demeure vide mais le couvert reste mis.

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La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil.

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C’est l’heure où les fenêtres s’échappent des maisons pour s’allumer au bout du monde où va poindre un autre monde.

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J’envie cet enfant qui se penche sur l’écriture du soleil, puis s’enfuit vers l’école, balayant de son coquelicot pensums et récompenses.

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Sommes-nous voués à n’être que des débuts de vérité ?

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Il n’est plus question que le berger soit guide. Ainsi en décide le politique, ce nouveau fermier général.

René Char,
Feuillets d’Hypnos, 1946

 


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