Philippe Claudel, De-quelques-amoureux-des-livres-que…

2016-01-21-16-47-37 PHILIPPE CLAUDEL

Certains livres sont à déguster comme des friandises, sucrées ou salées – selon ce que nos papilles apprécient – des gourmandises, des chatteries qui laissent en bouche le délicieux souvenir d’un petit plaisir unique et fameux.

C’est ce qui vient de se produire avec le dernier opus que Philippe Claudel a publié en octobre 2015, chez Finitude.

En une centaine de pages, l’auteur égrène l’inventaire

« de-quelques-amoureux-des-livres-que-la-littérature-fascinait,-qui-aspiraient-à-devenir-écrivain-mais-qui-en-furent-empêchés-par-diverses-raisons-qui-tenaient-aux-circonstances,-au-siècle-de-leur-naissance,-à-leur-caractère,-faiblesse,-orgueil,-lâcheté,-mollesse,-bravoure,-ou-bien-encore-au-hasard-qui-de-la-vie-fait-son-jouet-&-entre-les-mains-duquel-nous-ne-sommes-que-de-menues-créatures,-vulnérables-&-chagrines« .

Voilà le titre, ça, c’est fait.

D’aucuns pourraient dire qu’il s’agit d’un inventaire à la Prévert, mais ce serait, à mon goût, un raccourci trop trivial et quelque peu philistin pour définir ce recueil, ni roman, ni essai, ni poésie, ni fiction, ni non-fiction, ni… mais tellement tout.

« Il y eut ainsi, depuis des siècles, vivant dans une opaque et insoupçonnable solitude, des créatures qui pensaient que ce qui sourdait de leur cerveau et se traduisait en un assemblage de mots pouvait à l’humanité servir. La consoler, l’émouvoir, l’éclairer. »

Voici de quoi rendre modeste quiconque de sa plume pourrait envisager devenir célèbre ! Mais ce n’est pas si simple : le catalogue des empêchés de s’exprimer en littérature dénombre tant de personnalités composites qu’il ouvre paradoxalement le champ de tous les possibles.

Philippe Claudel dresse avec finesse et espièglerie les portraits de ceux qui furent à jamais d’impuissants plumitifs, malgré leur absolue certitude d’être bien davantage que de simples et anonymes tabellions.

« & cet autre encore qui chaque mois commençait  un nouveau livre, donc il cessait l’écriture au bout de quelques jours, comme on abandonne une conquête avec laquelle on a fait deux ou trois fois l’amour, et donc on se rend compte en définitive qu’elle n’est pas notre genre. »
« & celui qui aurait pu être un immense écrivain s’il n’avait pas eu la femme qu’il avait. »

Chaque prétendant(e) à la gloire en littérature se trouve ainsi brossé(e) ; et la brosse n’est pas à reluire, chez cet auteur ! Je ne vais pas à mon tour inventorier ces pseudos écrivains que Philippe Claudel égratigne d’un regard aussi malicieux que pertinent. Je ne saurais le faire avec autant de talent, c’est certain !

Surtout qu’en page soixante-quatorze, on peut lire :

« & tous ces gens écrivant des romans et les postant sur Internet, comme un pêcheur lance sa ligne et son bouchon dans l’eau, espérant qu’un poisson s’intéressera à son leurre, et qui relève de temps à autre sa canne pour voir si l’asticot gigote encore. »

Heu… mais de qui parle-t-il ce diable de sombre dénigreur ?

Tout cela pour dire que ce livre est très drôle, facétieux et réjouissant, même si… même si parfois il parle vrai. Une gâterie, un petit bijou d’humour, vous dis-je, dont il serait vraiment dommage de se passer.

❤ ❤ ❤

Philippe Claudel,
de-quelques-amoureux-des-livres-que-la-littérature-fascinait,-qui-aspiraient-à-devenir-écrivain-mais-qui-en-furent-empêchés-par-diverses-raisons-qui-tenaient-aux-circonstances,-au-siècle-de-leur-naissance,-à-leur-caractère,-faiblesse,-orgueil,-lâcheté,-mollesse,-bravoure,-ou-bien-encore-au-hasard-qui-de-la-vie-fait-son-jouet-&-entre-les-mains-duquel-nous-ne-sommes-que-de-menues-créatures,-vulnérables-&-chagrines.

Éditions Finitude, 2015

Il est possible de trouver le sens de : « TRIVIAL », « PHILISTIN » et « TABELLION » dans le dico de l’écrevisse.


©Martine – 21 janvier 2016 

 Écri’turbulente sur FB

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17 commentaires

  1. Auteur découvert grâce à Aspho. J’ai adoré les âmes grises et bien aimé le café de je ne sais plus trop quoi.
    Par contre, je trouve que ça devient un peu un supermarché du livre, tous les 6 mois il a quelque chose à vendre…

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    1. Si ses textes sont toujours de la même qualité, ça ne me dérange pas qu’il écrive un livre chaque année, voire plus. Ceux qui me dérangent sont ceux qui publient à tout va, juste de crainte qu’on les oublie. Je pense à A.N., par exemple, qui m’insupporte.

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      1. Oui mais Amélie Nothomb fonctionne autrement, elle écrit tous les jours mais elle publie des romans qui souvent datent…elle a un stock énorme et c’est des vrais romans, pas des impressions notées sur un carnet. Je ne la lis pas, je l’ai peu lue en fait, un peu au début pas plus. Claudel va dans la facilité de plus en plus, c’est dommage…

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  2. Philippe Claudel est dans le top 5 de mes auteurs chouchous, alors c’est te dire si tu n’as pas besoin de me convaincre ! Quoiqu’il écrive, plus haut, plus bas, je le trouve toujours « magique » ! Il me fait cet effet de bulle hors du temps dès que l’on plonge dans sa prose qu’il a souvent poétique … As-tu lu Parfums ? Entre autres… 😉

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    1. Non, je n’ai pas lu Parfums, mais Les Âmes grises, La petite fille de Monsieur Linh, et je vais lire bientôt Le Monde sans les enfants…. et Les Petites Mécaniques.

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  3. Pour la finitude, lire : « J’irai écrire sur vos tombes ».
    Qui sortira sur les presses de l’Oise en Mai 2017.
    Auteur anonyme, un peu comme le soldat inconnu.
    Bath rit toujours un peu jaune tout de même.

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  4. Voyant la couverture, j’me suis « quelle bath* épitaphe ça m’ferait ! »

    * Bath : Bien, beau, bon, agréable, admirable, de qualité supérieure, soigné, joli, élégant, magnifique, splendide
    ex: « Bath ! Dit Cornet Tape Dur dont les yeux écarquillés annonçaient le plus profond étonnement »

    Vidocq, les vrais mystères de Paris, 1844

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    1. T’es déchaîné, ma parole 😀
      Un autre exemple :
      « Quand il sut qu’ils appartenaient au 22e, caserné à Commercy, il manifesta une curiosité excessive : − ah bah! une bath garnison, hein? « 
      Courteline, Le Train de 8 h 47,1888,

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    1. Hello Val ! J’en connais une qui n’est pas passée par la notice où c’est tout expliqué 😉
      C’est vrai que ce n’est pas évident pour les commentaires. Tu as, en bas à droite de la page une petite bulle grise… c’est pour les commentaires.
      Bises et bonne journée 😀

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