Carole Martinez, La terre qui penche

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Carole Martinez, La Terre qui penche

C’est le troisième roman de Carole Martinez, après Le cœur cousu (2007) et Du domaine des Murmures (2011). C’est le troisième que la romancière m’a remis en main propre, un soir de lecture-dédicace à la Librairie Lucioles de Vienne. Je me souviens du bref échange que nous avons eu : je lui disais que j’avais été subjuguée par l’histoire  de Soledad (un fragment est à lire ici) dans son premier roman. Je lui disais que celle d’Esclarmonde, m’avait beaucoup moins chavirée, dans le deuxième. Elle m’écoutait attentivement, empathique,  le regard franc, direct. Puis, dédicace oblige, elle m’avait demandé mon prénom. Mais ce n’était pas que pure convenance : lorsque, ensuite, elle s’est soumise aux questions du libraire et de l’assemblée qui buvait ses paroles, c’est en utilisant mon prénom qu’elle s’est adressée à moi. Lorsqu’elle a accepté de lire un extrait de La terre qui penche, c’est celui-ci qu’elle a lu en cherchant (et trouvant) mon regard : comme une forme de complicité qui m’a touchée, émue. Et lorsque j’ai quitté la salle, en la saluant et la remerciant, elle m’a embrassée… Après cette abondance d’ondes positives, comment ne pas entreprendre la lecture de ce roman avec le cœur en bandoulière et la perspective d’un bonheur sans nom ?

Mon pressentiment optimiste n’a pas été trahi. J’ai retrouvé la plume de Carole Martinez, celle du Cœur cousu, dès les premières lignes de La terre qui penche. J’ai tout de suite retrouvé l’ambiance qui m’avait embarquée dans le premier roman. Les thèmes, l’univers chers à l’auteure sont là, forts, intenses : la poésie, le fantastique, le mystère, le mysticisme, l’onirisme…

C’est au Moyen-Âge qu’elle nous transporte. Si Esclarmonde habitait le XII° siècle, Blanche vivait au XIV°. L’une et l’autre, dans le même décor, au Domaine des Murmures (il va me falloir relire Du domaine des Murmures) ; la première s’y était recluse pour échapper à la contrainte d’un mariage de commande, la seconde y bâtit sa courte vie en vue d’une union qu’elle n’a pas choisie, mais dont elle apprivoisera l’idée en même temps que son promis. Blanche, l’héroïne, laisse sa vie terrestre à 12 ans et la remet à son âme avec laquelle, six-cents ans plus tard, elle dialogue. Là est la trame, excellemment bien conçue, du roman. Sa force incantatoire tient dans cette « conversation », dans cette maïeutique.

Les trois œuvres de Carole Martinez – je me sens si proche d’elle au travers de la lecture de ses romans que j’ai envie de n’écrire que « Carole », comme s’il s’agissait d’une amie – convoquent les mémoires de la condition féminine. Frasquita Carasco, son arrière-arrière grand-mère, jouée et perdue, Esclarmonde l’emmurée, et Blanche, la rebelle, qui apprend à lire et à écrire son nom, contre la volonté de son père. La romancière ne brandit aucun étendard féministe : elle montre, démontre, à points cousus, à points tissés – la boîte à couture, dans ses textes, est très importante – que si l’on naît fille, il faut devenir femme et que rien, jamais, n’est définitivement acquis pour celle qui veut exister.

Dans La terre qui penche – dans les deux autres romans non plus les hommes n’ont pas le beau rôle : les pères sont tyranniques, les époux volages, les fils faibles d’esprit ; les autres sont ogres, guerriers, meurtriers, violeurs, pédophiles. J’ai lu quelque part que ces messieurs, potentiels lecteurs, se sentaient un peu malmenés. Je ne trouve pas que les tableaux de femmes soient davantage favorables. C’est, en quelque sorte, la Loue qui les symbolise toutes. La Loue, une « vraie » rivière, «une fée qui noie les hommes dès qu’ils essaient de la toucher», un cours d’eau qui appartient à la réalité de Carole Martinez (qui dit s’y être récemment baignée), et qu’elle a installée dans ses fictions. La Loue, sensuelle, violente, aimante, traître, assassine, mère, amante, cruelle, tendre.

L’auteure ne serait-elle pas cette rivière ?

Un autre passage ici.

CHALLENGE GALEAEt l’avis d’Asphodèle, ici. Asphodèle qui vient de me souffler dans le creux de l’oreille que Galéa organise un challenge qui est un non-challenge des pépites. Asphodèle qui insiste : « donne ton lien à Galéa »… alors… prête Galéa ?


©Martine – 18 janvier 2016 

 Écri’turbulente sur FB

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5 réflexions sur “Carole Martinez, La terre qui penche

  1. C’est une beauté ton billet, il est assez bouleversant. On n’a pas tous la chance de trouver une telle communauté d’esprit avec un auteur, et je sens encore ton émotion quand tu parles d’elle. Toi, Aspho et Tiphanie, m’avez convaincue de découvrir Carole Martinez, je pense commencer par le coeur cousu aux vues de ce que j’ai lu à droite et à gauche. C’est très beau ce que tu dis de la Loue qui serait un double de l’auteur. J’espère qu’elle lira ce que tu as écrit, j’imagine combien, pour une romancière, un tel billet est précieux.

    Aimé par 1 personne

  2. Quel billet ma Tine, je m’y retrouve totalement, c’est de « l’osmose » (chère à Mindounet^^). Je ne la connais pas de visu mais après avoir lu ses trois livres je me sentais comme avec une amie chère, une complice ! Et la Loue aussi me fait cet effet… Mais, sans vouloir déflorer la fin, pour ceux qui vont le lire (et ils doivent TOUS le lire^^), ce n’est pas « sa vie terrestre » qu’elle quitte à 12 ans, du moins je ne l’ai pas compris comme ça, mais nous en reparlerons !!! 😀

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