Agrypnie en mer océane

Le jour s’engourdit. Déjà l’insomnie éperonne mes paupières.

Sera-t-elle tempête, farandole de saint-pierres
fendant le flot des larmes qui coulent ici ?

Sera-t-elle mélancolique, éparpillement aussi
de souvenirs minuscules qui s’étalent à la truelle
d’un maçon passe-partout sillonnant une ruelle ?

Sera-t-elle tablier de serpillière épandu sur le gazon
avant qu’un blanc linceul ne couvre la maison ?
Ou tenture de tiretaine par le fer chauffée,
coupable d’agacements qui arrivent par bouffées ?

Sera-t-elle gentillesse, plaisir, poésie ? Merci
si elle est éclaircie, si elle est chaleur. Car voici
que me visite le pitpit syncopé du petit rouge-gorge
posé sur l’almanach. J’anhèle comme un soufflet de forge.

Je respire au rythme du pop-pop du steamer
qui s’engouffre dans le roulis halluciné de la mer.


©Martine – 16/01/2016

 

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Poème écrit pour « Les Plumes » d’Asphodèle : les mots à caser étaient

Jour, gentillesse, motivation, coupable, fer, almanach, visite, éparpillement, dilettante, farandole, insomnie, maison, passe-partout, plaisir, poésie, éclaircie, tempête, mélancolique, serpillière, agacement, chaleur, respirer, minuscule et syncopé.

Et, malgré ma « motivation », je ne lui ai pas trouvé place.

Les autres participants : Marina Chili (ex VDM), Nunzi, Ghislaine, Thiébault de Saint-Amand, Soène, PatchCath,Mind The Gap, Carnets Paresseux, Martine, La plume et la Page, Célestine, Valentyne,Claudialucia, BrizeMarie-Jo64, Domicano, EmilieBerd, Monesille, Nadège, Modrone-Eeguab, Cériat , LilouSoleil,MerquinJacou,

 

 

NOEL EN COULEURS
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Et pour les « Impromptus Littéraires »,   sur le thème des rimes volées à ce poème de Victor Hugo

Fenêtres ouvertes

Le matin – En dormant

J’entends des voix. Lueurs à travers ma paupière.
Une cloche est en branle à l’église Saint-Pierre.
Cris des baigneurs. Plus près ! plus loin ! non, par ici !
Non, par là ! Les oiseaux gazouillent, Jeanne aussi.
Georges l’appelle. Chant des coqs. Une truelle
Racle un toit. Des chevaux passent dans la ruelle.
Grincement d’une faux qui coupe le gazon.
Chocs. Rumeurs. Des couvreurs marchent sur la maison.
Bruits du port. Sifflement des machines chauffées.
Musique militaire arrivant par bouffées.
Brouhaha sur le quai. Voix françaises. Merci.
Bonjour. Adieu. Sans doute il est tard, car voici
Que vient tout près de moi chanter mon rouge-gorge.
Vacarme de marteaux lointains dans une forge.
L’eau clapote. On entend haleter un steamer.
Une mouche entre. Souffle immense de la mer.

Photomontage : SOS d’une terrienne en détresse

Pour connaître de sens des mots « agrypnie« , « serpillière« , « tiretaine« , « anhèle« ,
rendez-vous sur
LE DICO DE L’ÉCREVISSE,
ici.

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45 réflexions sur “Agrypnie en mer océane

  1. Je constate que ton cerveau a une tendance aussi hyperactive que le mien dans l’insomnie 😉
    Je t’avoue tout comme Mind je n’ai pas tout compris mais j’ai essayé 🙂
    Bises Martine.
    Domi.

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  2. Martine, marin au long cours ! Que dis-je, capitaine !
    Tiens, sur la grille de mots croisés tout à l’heure le mot « gabier ». Je t’imagine bien là-haut, voltigeant dans les multiples voiles d’un fier bateau, à l’affut du moindre signe qui annoncerait une vilaine insomnie ! Nous serions à l’abri de toutes méchantes surprises !
    Bravo pour ce beau poème et pour ces mots que j’ai dû chercher dans le dico 😀
    Bises

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    1. Le « tablier de serpillière », c’est ce qui, au XIX° siècle couvrait les morts à l’hôpital, avant qu’ils soient enveloppés dans un linceul, par les bons soins de leur famille.
      Merci, Mind, d’avoir essayé, en tout cas 😉

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  3. Un « deux en un » qui épanouit l’immensité de ton talent !
    Je suis épantelée.
    Et merci pour le mot agrypnie que je ne connaissais pas.
    Bises célestes
    ¸¸.•*¨*• ☆

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    1. Agrypnie, c’est un mot qu’a notamment utilisé Marcel Proust pour désigner l’insomnie, contre laquelle il préconisait de lutter avec … du lait !
      Merci de tes compliments, Célestine 🙂 Mais je ne suis pas sûre d’en mériter autant !
      Bises plus terre-à-terre puisqu’aujourd’hui, elles sont neigeuses.

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  4. Martine, je vais reconsidérer l’insomnie désormais et si possible la transformer pour qu’elle devienne Muse !
    Tu nages dans le pur bonheur avec tous ces mots et même tu prends plaisir à empirer la difficulté !
    Je suis en admiration, un point c’est tout !
    Bon dimanche et bises de Lyon

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    1. J’en rougis de confusion.
      Mais je crois que je peux parler de l’insomnie parce que je n’en souffre pas plus.
      Merci Soene et bises Iséroises toutes blanches et fraîches…

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  5. Bravo pour cet exploit de mettre tous les mots plus ceux des Impromptus à la fin des vers 🙂
    Et en plus ton poème me parle et dit bien comme l’insomnie peut être multiple … Tempétueuse …ou mélancolique et aussi source d’inspiration ….
    Bisessss Martine 🙂

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    1. C’est vrai que vue sous le regard de la poésie, l’insomnie peut être multi-facettes. En revanche, quand l’insomniaque tourne et retourne entre les draps, c’est beaucoup moins romantique !

      Bises Valentyne.

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        1. Ah oui 😉 J’ai trouvé ça sur le net, je ne sais même plus comment 😦 Mais d’après ce que j’ai compris, c’est quelque chose qui ressemble à ce que tu décris. Ce n’était qu’un clin d’œil, bien sûr 😀
          Bises

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  6. Je suis épatouillé ! ça donne envie de s’abonner à un stage d’insomnie !! (enfin bon, j’ai déjà les miennes, comme à peu près disait la dame de charité à qui un prêtre signalait de pauvres paroissiens dignes d’aumône – dixit Victor Hugo je crois)
    Quant à l’inspiration, bof bof ? Mais l’inspiration, ce n’est que de la contrainte involontairement subie ! Et là, les mots se coulent et trouvent leur place avec éclat (peut-être ont-ils un peu joué des coudes, on ne sait pas et ça ne regarde pas le lecteur)

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    1. Si tu t’abonnes à ce stage, sache qu’au lieu de dénombrer les moutons (moi, je n’y parviens pas, parce qu’ils sautent en grappe et que le calcul mental n’aide pas à dormir), il te faudra compter les pitpits des rouges-gorges de l ‘almanach des ex-PTT, et les pop-pop du steamer qui ne rime pas avec mer.
      Quant à l’union harmonieuse des mots, oui, tu as raison… mais n’avons-nous pas entériné le « mariage pour tous » ?
      Merci pour tes encouragements 🙂

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    1. Depuis qu’elle m’a conduite dans la dépression, je mène à l’insomnie un combat sans merci. Et à ce jour c’est moi qui gagne (sans médication)..
      Pour le pseudo-poème que j’ai écrit, ce sont les mots qui ont gagné et donné corps à mon imaginaire.
      Merci Monesille, parce que l’inspiration et moi, en ce moment, c’est « bof bof ».

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      1. Le manque d’ensoleillement a parfois un effet nocif sur les neurones ; je me passerai bien d’insomnies, qui en ce moment me laissent un peu de répit, vu que j’ai repris le boulot et que ça m’épuise, donc je dors mieux la nuit, (tant qu’il n’y a pas de turbulences en vol) mais du coup le jour, je suis un peu bof-bof aussi, et les mots itou ont mené la danse du rythme de ma pseudo chanson !
        Bises

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    1. C’est une démarche singulière, en effet, que d’écrire « sous contrainte ». Pourtant, ce qui peut sembler un carcan est libératoire. Difficile à expliquer, certes.
      Au lieu de casse-tête, j’emploierais plutôt « remue-méninges ».
      Bises, Anne 😉

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      1. Je suis d’accord avec remue-méninges. C’est vrai que la séance de travail est parfois plus jubilatoire que le résultat (en tout cas ça me fait souvent cette impression quand je joue à ces jeux là), mais ici et maintenant, je suis épatouillé par ce que tu en as sorti !

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  7. Moi aussi j’aime tes mots et quand tu me fais des poèmes aussi mélancoliques (avec ou sans motivation), je m’incline… Le grand Victor serait content de la façon dont tu as placé ses rimes et de la beauté de tes insomnies. Ô combien est juste le « l’insomnie éperonne ma paupière » ainsi que « le roulis halluciné de la mer », les jours de tempête par exemple ! 😉 Ces « laudations » sont sincères au cas où tu en douterais ! 😆

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    1. L’insomnie est tyrannique et assassine. Je la combats sans pitié et avec succès depuis des années.
      Et je ne doute pas de tes éloges, même s’ils me semblent un peu excessifs. Et, surtout, je t’en remercie parce que je les sais véritablement amicaux et cordiaux. 😀

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      1. Moi aussi les éloges me semblent toujours excessifs ! Nous devons avoir la modestie trop développée, il va falloir qu’on travaille à développer notre ego ! 😆 Mais ils ne sont pas « qu’amicaux et cordiaux, juste ce que je pense, ni plus ni moins 😉 …
        Pour l’insomnie, tu t’y es mieux prise que moi, je subis toujours sa dictature ! Pas tout le temps, par phases…

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    1. Il est vrai que l’insomnie (la mienne en tout cas) est faite d’infimes pensées qui s’agglutinent pour devenir un monstre grimaçant qui envahit l’espace de mes élucubrations nocturnes.

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  8. Si j’ai déjà commenté sur les Impromptus, je m’empresse ici de récidiver. Le Dodo me fit remarquer qu’il faudrait dire à Victor que Steamer ni rime pas avec mer ! Je ne l’avais point capté, et toi ? Ensuite, j’aime ton texte qui fait d’une pierre deux coup. Il faudra que j’y pense la prochaine fois car j’ai raté ma première participation au Plumes. Et puis enfin, moi, j’aime ton style et ton monde de mots et d’idées. Alors, l’écrevisse, je dis simplement bravo.

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    1. Anne, j’aime tes louanges, même si, en toute sincère modestie, je les trouve surévaluées. Je t’en remercie 😀
      Je ne suis pas anglophone, mais pas du tout. Et, comme Victor, je ne trouve pas l’association rimique (rimesque, rimailleuse) de « steamer » et de « mer » complètement sacrilège. En revanche,je me demande comment ce cher homme s’est débrouillé de ces approximations phoniques lorsqu’il était à Guernesey…

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