Michelle Fourez, Ferveur

« C’est un miracle, n’est-ce pas, l’écriture : grâce aux mots, j’existe pour vous bien au-delà de ma mort, et de la vôtre. C’est un lieu commun, sans doute, mais je ne peux m’empêcher de trouver cela miraculeux : il m’a suffi de presque rien, un peu de papier blanc, lisse. De l’encre verte, et un peu de temps. Un temps de solitude volé à la laideur, au bruit. Un temps savouré auprès de la rivière où je pêche. C’est de là que je vous écris. Tout, ici, même les choses les plus laides, peut devenir beauté sonore, par le miracle des mots écrits. Jamais je ne vous aurais dit tout cela de vive voix : mon amour pour vous, la maladie, la mort qui s’approche n’auraient été qu’une plainte, un larmoiement, un appel au secours absolument vains et agaçants. Je ne voulais ni pitié, ni compassion. Je voulais juste que vous sachiez combien vous avez existé pour moi et que j’ai quelque temps survécu grâce à vous. Grâce à ces mots gommant l’absence, le temps, la puanteur. Les vrais mots d’amour ne se disent pas, la pudeur vous en empêche. On serait ridicule, peut-être. L’autre se moquerait, se lèverait, partirait. Se sentirait prisonnier de cet amour qu’il ne partage pas et qu’on ose lui faire entendre. L’écriture, suprême catharsis laisse l’autre libre, et vous met à l’abri de réactions immédiates qui pourraient vous laisser meurtri. Il n’est pas agréable, je le sais, de recevoir des mots d’amour de quelqu’un que l’on n’aime pas. »


Quatrième de couverture :

C’était son professeur de grec, et sans doute en était-elle amoureuse. Trente ans plus tard, un notaire lui remet un long texte de cet homme, décédé depuis quinze ans, et elle y découvre toute la ferveur dont elle était l’objet de sa part.

Editions LUCE WILQUIN (15 octobre 2006)

Lire un autre extrait ici


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5 réflexions sur “Michelle Fourez, Ferveur

  1. Quelle belle lecture tu me rappelles avec cet extrait. J’aime l’ambiance des textes de Michelle Fourez, que je retrouve d’un texte à l’autre, cette sensibilité qui est la sienne. Une belle délicatesse dont faisait aussi preuve ce professeur avec sa lettre.

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