J’ai oublié le mot que j’allais prononcer .
L’hirondelle aveugle retourne au royaume des ombres,
L’aile rognée jouer avec les transparentes.
Un chant nocturne chante en cette pâmoison.

Les oiseaux se sont tus. L’immortelle n’a pas fleuri.
Leur crinière est limpide aux nocturnes troupeaux .
La barque flotte vide en un fleuve tari
Et parmi les grillons la parole se pâme.

Pour s’élever, temple coupole, lentement,
Et soudain contrefaire  Antigone démente,
Ou tomber à nos pieds comme hirondelle morte,
Parée  d’un rameau vert et de douceur stygienne.

Ô rendre aux doigts voyants seulement la pudeur
Et la saillante joie de la reconnaissance.
Je crains plus que tout le sanglot des Aonides,
La cloche, le brouillard et la faille béante.

Ossip Mandelstam,
Tristia et autres poèmes,

Choisis et traduits du russe par François Kérel
Gallimard Poésie, février 2010

OSSIP MANDELSTAM
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