L’herbe d’or du Professeur Taurus

En ce jour du bout de l’an le Professeur Taurus a décidé de jouer les trouble-fête. Jugez-en plutôt !

2015-12-12 ACCIDENT DE TRAVAIL

J’ai déchiffré pour vous le rapport cabalistique, du Professeur SERRE Ébral. Je vous le communique.

« J’ai examiné, ici, le jour que vous voulez, le susnommé TAURUS, Tick, Sule, Ophile, victime d’un accident du travail au lieu dit « La Prairie à trois coins », alors qu’il venait de faucher par mégarde une plante dont il affirme qu’elle devait lui permettre d’acquérir l’intelligence du langage des animaux.  Selon mes premières constatations, il fut lui aussi fauché en plein vol d’herbe et retomba lourdement, endormi sur le sol. Nous eussions vécu au XIX° siècle que j’aurais pu le prendre pour un homme condamné à faucher le grand pré*, tant ses propos sont incohérents.

Lorsque les agents de la Police Arial 8 l’ont trouvé sur le champ (leur compte-rendu stipule qu’ils ne sont arrivés que 3 heures après l’incident), il était entouré d’animaux avec lesquels ils conversait inintelligiblement. C’est toutefois ce que rapportent les braves argousins qui, il faut le reconnaître, parlent eux aussi un langage codé auquel le commun des mortels ne comprend que couic. Mais le susnommé allègue qu’il n’est pas mortel ; en ce cas la communication est facilitée. Deux messieurs et trois dames l’entouraient qui pouffaient avec lui.

Le premier de ces messires, Monsieur GRIFFON, planait au-dessus de lui, déplaçant avec hideuse grâce son corps léonin. Le second, sieur BASILIC, coqueriquait en agitant sa queue dragonienne. Les deux jumelles, Mesdemoiselles SIRÈNES, cherchaient à exciter ses sens qui n’étaient pas interdits du tout, en l’effleurant vit fait avec leurs appendices caudaux. Madame CHIMÈRE, quant à elle, bêlait à qui-mieux-mieux en secouant sa crinière. Le concert joué par l’étrange harde était assourdissant de cris et chuchotements insonores que TAURUS approuvait en battant vigoureusement des mains, des pieds et d’une  partie de son corps que les demoiselles SIRÈNES avait exacerbée.

À vue d’œil, la victime ne souffre d’aucun trauma’ffligeant. C’est la raison pour laquelle il a été admis dans le service de trauma’musoire dont je suis le chef incontestable (et que celui qui voudrait me contester s’arme d’une bonne dose de satire). À vue de nez, j’avancerais l’hypothèse que l’haleine de cette personne révèle la prise antécédente d’une substance insecticide qui m’a semblée incompréhensible à première vue. L’homme prétend que c’est pour raisons professionnelles qu’il a volontairement absorbé l’insectifuge responsable de la fétidité de ses exhalaisons. Mandaté par Madame Monesille pour ramener avant le 22 du bout de l’an hi-han, une herbe chrysocale, il se serait emmêlé les ailerons en nageant derrière elle qui remontait le cours de la rivière (l’herbe, pas Madame Monesille). Cette plante, qu’il certifie n’avoir pas fumé, il la prise considérablement, poursuit-il. Il dit qu’elle sait ouvrir les serrures et déboucher le nid du pivert, ce qui est un comble pour un personnage qui me semble très fermé. Les cinq témoins témoignent. Ce qui est compréhensible, me direz-vous. Eh bien, pas vraiment ! J’ai du requérir les services de mon patient, qui, sérieusement, ne l’était pas, pour comprendre la lalomanie des observateurs.

Voici mes conclusions :

L’herbe susmentionnée est, proclament-ils en chœur, d’or. Pas de ce matériau marchand qui s’expose au bout de l’an hi-han dans les vitrines de certains bijoutiers, orfèvres en la matière pour abecquer le chaland désireux de péter plus haut que le trou avec sa mignonne qui le tient en amour. Non. D’or, du chrysocale… L’herbe d’or est une plante dont il faut faire grand cas ; elle brille de loin. Si quelqu’un par hasard la foule aux pieds, il s’endort aussitôt, et entend la langue des chiens, des loups et des oiseaux. On ne rencontre ce simple que rarement et au petit point du jour : pour le cueillir, il faut être nu-pieds, en chemise, et tracer un cercle à l’entour, il s’arrache et ne se coupe pas. C’est une ivraie absolument véridique qui capture les insectes, insistent-ils. Voilà donc pourquoi le souffle de TAURUS empeste le tue-fine-mouche frelaté.

J’hésite à laisser l’individu regagner ses pénates : il veut à tout prix, retourner dans la prairie à trois coins, prétendant que la cueille de l’herbe d’or lui permettra d’obtenir les bonnes grâces de son assistante, une certaine Mademoiselle Dithyrambique. Inutile de lui dire que tout ce qui brille n’est point or et que tel est pris qui croyait prendre.

Voici ma prescription :

 

Professeur SERRE Ébral, Titude

 

*Expression française du XIXème siècle qui puise ses origines dans l’argot des galériens. Elle fut inventée en référence pour désigner le travail des criminels qui consistait à ramer sur les galères du roi. A cette époque, le pré désignait le bagne.


Divagation rédigée pour l’Agenda Ironique du bout de l’an hi-han chaperonné par la susnommée Monesille.


©Martine – 13 décembre 2015 

 Écri’turbulente sur FB

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32 réflexions sur “L’herbe d’or du Professeur Taurus

  1. « les braves argousins qui, il faut le reconnaître, parlent eux aussi un langage codé auquel le commun des mortels ne comprend que couic. »
    Il n’y a qu’à tendre l’oreille quand ces braves messieurs parlent devant les caméras ! 😀 Tout à fait ça !
    Pour ma part, après avoir lu maints textes qui traitent et retraitent de cette plante dorée, je vais essayer de ne pas succomber à la tentation de la fumette, des fumigations, des tisanes ou autre grog faits avec cette herbe d’or. Il me suffit largement d’entendre déblatérer mes congénères (oui, en un seul mot, j’ai eu peur de l’avoir mal orthographié ! ouf ! ) sans encore devoir ouïr les bavardages de nos chers amis à 2, à 4 pattes ou plus si affinités ! 😀

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  2. Muhaha 🙂
    J’étais prévenue par le billet de Monsesille de mettre des lunettes anti ride de rire … Mais je n’en avais pas … Du coup j’ai tout pris en pleine tête et je pense avoir
    Besoin d’un arrêt
    De travail pour demain 🙂
    Merci au professeur Serre Ebral pour sa diligence 😉

    Bisessss

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    1. Tu peux éditer l’arrêt de travail du Professeur Taurus, et le glisser sous le nez de ton supérieur hiérarchique.
      Mais tu ne lui fournis pas les lunettes…

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  3. Bon Monesille-Diguedille, je sais que tu écoutes aux portes avec ton smartphone, alors écoute bien : je m’enferme dans ma grotte jusqu’à avoir écrit au moins le premier paragraphe et je ne réponds plus de rien ni à personne qui chercherait à me déstabiliser !!! 😆 Qu’on se le dise, vous me verrez en pointillés, l’oeil cerné de mauve et le cheveu en bataille (quand j’aurai trouvé l’herbe, ce sera une autre histoire, warf !) 😆

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  4. Mé-mé, avais-je omis très chère de venir en personne commenter cette hilarante cueillette ? Je n’ose même pas me demander ce que dira la sécu de recevoir un arrêt de travail rédigé en ces termes. je me gondolerai immanquablement à la prochaine rédaction de mon toubib, qui va se demander si en plus il doit me prescrire une station en maison de repos pour hilarité intempestive.
    Tu as vraiment une plume d’une inventivité ! je me régale, oui, je me régale !

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    1. Le Professeur Serre, spécialiste en traum’musoire, peux te conseiller quelques adresses de maisons de repos… Et tu y retrouveras certainement Taurus et Mademoiselle Dithyrambe. C’est un bon remède que de vivre quelque temps en leur compagnie 😉

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  5. Le professeur Taurus, dont j’avoue n’être pas encore très familier, nous joue la grande corrida du bout de l’An-Meuh !!!
    Monesille nous a inoculé la folie à base d’infusion d’herbe d’Or et les symptômes se font de plus en plus grandioses à chaque lecture… Jo, tu as concurrence sévère à mon sens et nous nous trouvons en face d’un cas clinique classique de double-vampirisage d’agenda ironique sans que je puisse livrer de diagnostic sur le virus vainqueur !!
    Je n’ai jamais autant toussé de plaisir !!

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    1. C’est moi qui ronronne de plaisir, là, maintenant, tout de suite, de recevoir de si chouettes compliments. Et quand tu prends le rôle inédit du Professeur SERRE Ébral, je t’y trouve excellent !
      Et comme de l’herbe d’or on tire un extrait végétal qui constitue un puissant antitussif (et ça c’est vrai), tu as frappé à la bonne porte 😉

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  6. Punaise Ma Tine tu es trop forte ! Je ne m’en remets pas, je l’ai lu hier soir (mais je n’avais plus la force de commenter) et je le relis aujourd’hui avec le même bonheur, j’admire le délié de tes mots « valises » que tu n’as pas sous les yeux et l’agilité érudite de ta plume d’or ! Les sirénes « dont les sens ne sont pas interdits »…j’en pleure !!! 😆 Je crois que tu vas être la grande gagnante encore une fois de ces joutes qui siéent si bien à ton pré-carré (rond comme un cochon ton pré et bancal :lol:) ! Je vous tire ma révérence ! 😀 Bisous. (et moi je crois que je vais aller me cacher et me contenter des Plumes, le niveau est trop élevé pour mes neurones burnoutés, vous êtes en forme les âges-indiens ! 😉

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    1. Et avec un commentaire de si haut vol, Miss, tu prétends que l’exercice est difficile ?
      Vous moqueriez-vous, chère ?
      Et tu sais que le rire, l’humour, le bidonnage sont d’excellents remèdes au burn-out. Alors profite ! Je te promets, c’est absolument délicieux de lâcher-prise ne serait-ce que le temps d’une évasion dans notre imaginaire, quand nous lui donnons l’occasion de se débrancher de la routine quotidienne.
      Va ! Cours, vole, et me venge !
      PS… les âges-indiens, eux, je les glisse dans mon escarcelle 😀

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      1. Non je ne me moque pas ! 🙄 N’importe quoi ! Je reconnais et admire ton talent qui va croissant au fil des mois depuis que ta plume s’aiguise aux joutes diverses auxquelles tu t’adonnes sans compter ! Je sais que l’écriture peut être le meilleur remède aux burn-out comme aux pires découragements mais …il y a aussi le temps et la disponibilité « d’esprit » quand des milliers de choses nous parasitent le cerveau ! Je sais je sais que ça va passer et que je vais retrouver mon allant mais il faut laisser le temps à la vague de me ramener sur le rivage ! Espérons qu’elle m’y dépose avant le 19 !!! 😆 Et sans trop de galets qui ajoutent des bleus aux zones déjà contusionnées ! mais je compte bien sur l’herbe d’or miraculeuse pour me sortir de ce mauvais pas ! Ça va Monesille-Camomille-Espadrille, je t’entends hein, et non je ne cherche pas d’excuses, je me confie à mon amie qui comprend ELLE, mes états d’âme !!! Pfff ! Je vous embrasse toutes les deux, vous me boostez !!! 😆

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  7. Oh mais quelle galère cette collision « tout va très bien » ! Ebral Serre Titude aurait tout intérêt à s’associer avec Taurus pour assouplir la conjonction, trois coins pour un pré, c’est comme trois pattes à un canard. Soit il en manque un, soit il y en a une de trop.
    Hommage à Taurus, dont les conférences ne nous déçoivent jamais.
    Immense talent que celle de l’herbe d’or remaniée à la sauce écrevise.
    Superbe.

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    1. La collusion entre Ophile Taurus Tick et Ébral Serre Titude risque de nous entraîner dans les dédales d’un inconscient complètement déb’ridé. Leur acci’dentelle rencontre in’opiné-du-chef n’était pas préméditée.
      Je les imagine actuellement occupés à broder et à crocheter quelques tiges d’herbe d’or. Quel brocart flavescent pourraient-il brocarder de concert ?

      Je vais leur suggérer de postméditer.

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  8. Mazette, quel est le hasard qui me fit un jour rencontrer dans les limbes de l’informatique la bande à l’agenda ironique ? Pour une fois que la chance frappe à mon écran, je dis : la veine que j’ai ! Donc, je croisai forcément le professeur Taurus et ses scientifiques constats des mamellifères aux lamellibranches et ses aventures qui sont loin d’être terminées à ce que je vois. Re-la-veine ! ici, on atteint le top plus extra de l’aboutissement du thème et dès à présent, j’exprime avec force, accompagnée du Dodo, mon admiration ! Du lourd dingue, du très lourd ! Re-re-la-veine que j’ai, wouah………………………………………………..

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    1. Tu es la marraine du professeur Taurus, Anne.
      Il est né de tes délires collistiques qui m’avaient laissée coite pendant quelques jours. Et comme à délire, délire et demi, j’y ai collé l’honorable professeur qui s’ennuyait dans son amphithéâtre poussiéreux et vide d’auditeurs.
      Tu fus la fée-libre qui se pencha sur le ber-saut-à-pieds-joints de l’homme de science naissant dans mon livre d’images-inertes jusqu’alors.
      Le professeur Taurus t’en remercie ! Et moi, donc 😀

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    1. Pourquoi ? Tu veux, toi aussi, aller cueillir l’herbe d’or pour séduire une dulcinée ? Attention ! elle aurait le pouvoir d’égarer ceux qui la piétinent. Le Professeur Taurus en est l’exemple vivant-immortel ! 😉

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