Dominique Chipot, L’ignorance du merle

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Dominique Chipot, L’ignorance du merle, Éclats d’encre, janvier 2011

« lendemain d’élection
j’envie
l’ignorance du merle »

Nous sommes au lendemain du 1er tour des élections régionales. Hébétée pour ma part, révulsée, démoralisée. Une majorité de mes compatriotes français, tant occupée à se protéger de prétendus malfaisants venus de l’extérieur, a cherché refuge auprès de l’intumescence fétide qui ronge notre territoire national de l’intérieur. J’habite un paisible petit village Isérois et j’ai découvert, hier soir, que plus de 50 % des votants ont exprimé leur désir de voir gouverner leur entité régionale par des personnes dont la haine d’autrui guident la pensée et la volonté d’agir. Or, parmi ces cent-trente-huit électeurs, il y a mes voisins, ceux que je côtoient au quotidien, avec lesquels je dialogue, plaisante aussi. Dont je partage les émotions, puisqu’en qualité de correspondante locale de presse je relate les activités associatives. J’ai l’acre impression de vivre dans un espace ennemi, faisandé, déliquescent.


Le recueil de Dominique Chipot, haijin – c’est à dire écrivain d’Haïku – « passeur de sens qui évoque le banal sans être banal » – m’a aidée à trouver le sommeil après cette journée agitée de sentiments discordants dans un univers déconcertant et inconcevable. Stupéfiant.

Hasard des poèmes : celui que je cite en exergue.

Entendre ce que je ne peux pas voir de cet univers.

Me laisser conduire par le poète dans l’aventure d’une autre vision du monde…

Extraits

« le long du chemin
tant et tant de monde à voir
sur les fleurs des champs »

« La crise perdure.
Les premières fourmis
envahissent le jardin »

« fin de manif –
perdu au milieu de la rue,
un petit nounours »

« douce brise
la voix de l’épouvantail
chanterait-elle les oiseaux ? »

 

« le bouleau frémit,
ses feuilles cassent le rythme
du phare éloigné »

« victimes
de la parole simple
ils pleurent en silence »

« rituel du vingt heures :
des chèques pour les riches,
des discours pour les autres »

« nuages immobiles
l’impression vertigineuse
que tout est stoppé »

« passage des oies –
je sais pourtant
le chemin semé d’embûches »

« vent d’automne
la dernière coccinelle
sous mon pied »

Fondateur de l’association pour la promotion du haïku www.100pour100haiku.fr/, Dominique Chipot anime des conférences, des ateliers, des expositions et dirige Ploc ! , la lettre du haïku.
Egalement passionné de photographie, il marie photo et haïku dans des oeuvres originales qu’il expose depuis 2004. Quelques-unes de ses œuvres ont été présentées au Japon (patrie du haïku), en 2007, lors d’expositions à Tokyo et dans les environs de Nagano.

Je l’ai rencontré au Marché de la Poésie, le 8 juin 2013.


©Martine – 7 décembre 2015 

 Écri’turbulente sur FB

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4 réflexions sur “Dominique Chipot, L’ignorance du merle

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