Salah Al Hamdan, Rebâtir les jours Bruno Doucey Éditions, 2013
Salah Al Hamdani, Rebâtir les jours
Bruno Doucey Éditions, 2013

Transgression volontaire

(À Albert Camus)

 

Je t’écris de mon matin abasourdi
j’ajuste la noyade à mes sentiments
en attendant la tempête de mon petit rêve de rien
envoûté par cette lumière
alors que tu contemples le ciel qui dérive en tornade

Je veux te dire
que je passe mon temps à jouer avec une corde
en sautant les instants poussiéreux
et que je ne regrette pas les souvenirs posés
maladroitement
comme des pierres en moi

Avec l’oubli en floraison
comme le regard d’un enfant sans bouche
je me tiens tel un vent
je découpe la solitude
l’héritage de la mémoire de cet automne dans l’écriture
alors la cruauté du fourbe s’abat sur nous
comme une ultime vengeance

Tout vient de loin
les voix et les rêves brodés du retour
cette étoile qui drague la fenêtre
et même la crainte d’être bombardé
comme la mère restée dans la guerre

Pourtant la lune ne reconnaît plus les fusillés
et l’aliénation des hommes d’ici
n’amuse plus les exilés

Je t’écris
parce que je ne m’habitue pas à regarder les lâches
qui ignorent la nostalgie

Je t’écris
de ma peine
d’une France piratée
dans cette bibliothèque mutilée
et pourtant je veux mourir ici
malgré l’imperfection de l’aube
malgré les livres et leurs auteurs
désormais dans des cartons

Salah Al Hamdani,
Rebâtir les jours

Bruno Doucey Éditions, 2013


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