Jeanne Benameur, Otages Intimes, Actes Sud, août 2015
Jeanne Benameur,
Otages Intimes,
Actes Sud, août 2015

Photographe de guerre, Etienne a toujours su aller au plus près du danger pour porter témoignage. En reportage dans une ville à feu et à sang, il est pris en otage. Quand enfin il est libéré, l’ampleur de ce qu’il lui reste à ré-apprivoiser le jette dans un nouveau vertige, une autre forme de péril. De retour au village de l’enfance, auprès de sa mère, il tente de reconstituer le cocon originel, un centre duquel il pourrait reprendre langue avec le monde. Au contact d’une nature sauvage, familière mais sans complaisance, il peut enfin se laisser retraverser par les images du chaos. Dans ce progressif apaisement, se reforme le trio de toujours. Il y a Enzo, le fils de l’Italien, l’ami taiseux qui travaille le bois et joue du violoncelle. Et Jofranka, l’ex petite fille abandonnée, avocate à La Haye, qui aide les femmes victimes de guerres à trouver le courage de témoigner. Ces trois-là se retrouvent autour des gestes suspendus du passé, dans l’urgence de la question cruciale : quelle est la part d’otage en chacun de nous ? De la fureur au silence, Jeanne Benameur habite la solitude de l’otage après la libération. Otages intimes trace les chemins de la liberté vraie, celle qu’on ne trouve qu’en atteignant l’intime de soi.


De quoi, de qui est-on captif ? Oui, qui, quoi nous tient en otage ? Jeanne Benameur ouvre, dans ce roman, de multiples champs des réponses. De l’histoire d’Étienne, reporter photographe, qui, libéré d’une longue claustration infligée, rentre chez lui, elle tire lentement, doucement, talentueusement le fil d’une réflexion extrêmement appointée ; elle débrode avec habileté l’ouvrage que chacun festonne dans son subconscient et qui l’amène à brandir en toutes occasions l’étendard consciencieusement brodé de sa liberté « individuelle et portative ».

Elle est très subtile, la manière dont Jeanne Benameur s’y prend pour retisser nos certitudes, après les avoir intaillées insidieusement.

Étienne a de vraies bonnes raisons de se poser la question de sa liberté recouvrée. Mais ses amis d’enfance, Enzo et Jofranka, avec lesquels il a grandi dans le giron d’une mère enfermée dans le veuvage sans fin d’un homme qui l’avait trahie ? Mais Irène, cette mère ? Mais Emma, l’ancienne amante d’Étienne ? Mais…

À petites touches, à petites notes, de belle musique partagée, l’auteure nous conduit dans l’intime. Et celui des personnages de son roman rejoint le notre, au détour d’une phrase, d’un ressenti, d’un temps de vie. Il me semble que chaque lecteur peut trouver dans ce texte un moment qui lui appartient, au plus profond. Il me semble que le propos de l’auteure est précisément là, dans l’écho intérieur qui nous conduit à questionner le passé pour l’interroger, juste interroger ce qui nous constitue intimement, et imaginer, juste dessiner un futur.

À petites touches. À petites notes.

Lire un extrait sur cette page


J’ai reçu le roman de Jeanne Benameur, à ma demande, dans le cadre des matches de la rentrée littéraire de PriceMinister (c’est un challenge que j’aime bien, une fois l’an). Je participe à ces matches sous le numéro « #MRL15 » (je ne sais pas ce que ça signifie, mais, eux, ils doivent pouvoir comprendre 😉


Il y a deux ans, j’avais chroniqué un autre roman signé par Jeanne Benameur : Pas assez pour faire une femme


© Martine – 07 novembre 2015 

 Écri’turbulente sur FB

Revenir à la page d’accueil