Les Impromptus Littéraires avaient proposé ce thème, cette semaine :

Vous tombez alors sur une photographie. Que de souvenirs s’animent…

  • Tu te souviens du mariage de la Mémère Loulou ?
  • Comment veux-tu que je me le rappelle ? Je n’étais pas née, c’est notre arrière-grand-mère !
  • Je sais bien ! Mais, comme moi, tu en as entendu parler, non ? Et de ceux qui assistaient à ces épousailles !
  • Ah ! C’était une sacrée bonne femme la Mémère ! D’ailleurs, c’est elle qui a toujours porté culotte dans le couple. Le Pépère, on dit qu’il a jamais eu trop droit à la parole !
  • De toute façon, il n’a pas eu le temps de parler longtemps ! La guerre l’a fauché promptement !
  • On dit que la Mémère s’en est vite remise de son deuil ! Qu’elle a pas gardé le noir pendant le temps réglementaire. Tu le reconnais, celui qu’elle a marié après ? L’accordéonneux, là, en bas à droite !
  • Bien sûr. Il avait mis sa fille dans la dot. Parce que quand la Gustine elle a décampé, elle s’est pas encombrée de la mioche.
  • C’est vrai, la Gustine… mais elle était pas aux noces de la Mémère ?
  • Mais si, regarde ! au troisième rang à gauche avec son chapeau à panache. Déjà, elle se mettait pas à côté de son homme : elle lorgnait sur le Paul. C’est pour ça qu’elle s’était placée derrière lui. Ni vu ni connu ! Et la p’tiote, c’est comme si elle le sentait, elle était venue se coller mine de rien à côté de la Mémère.
  • Pauvre gosse ! Remarque, elle a pas perdu au change ! Quand la Mémère a ouvert son hôtel de passe, place de la Carrière à Nancy, elle l’a mise derrière le comptoir, et c’est elle qui était chargée des encaissements.
  • Et les autres qui sont autour des époux, t’en reconnais quêque-z-uns ?
  • Oui, l’Adélaïde, juste derrière la mariée. On dit qu’elle est tombée dans la bouteille quand son Paul il est parti avec la Gustine.
  • Ah mais, elle était pas à côté de lui sur la photo ! T’as vu les nains qui l’encadraient ?
  • Oh mais le Paul c’était un galapiat. Il lui avait collé ses deux frères aux fesses et pendant qu’ils l’occupaient, il faisait le joli cœur avec la Gustine.
  • Mais… la Mémère Loulou, tu t’en souviens, toi ?
  • Bien sûr ! Quand j’étais petite, je devais aller lui souhaiter la bonne année. Elle m’effrayait avec sa figure complètement fardée, rouge aux lèvres, poudre et yeux maquillés. Je croyais que c’était une sorcière. Maman et Papa avait beau me dire que c’était mon arrière-grand-mère et qu’elle était gentille, j’étais complètement terrorisée.
  • N’empêche. Quand on regarde cette photo, c’est vrai qu’elle avait l’air gentil, la Mémère.
  • Elle n’en avait pas que l’air, tu sais. Elle l’était.

© Martine – 31 octobre 2015 

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