Boualem Sansal : Le village de l’Allemand

Boualem Sansal, Le Village de l'Allemand - ou le journal des frères Schiller - Gallimard 2009-2014
Boualem Sansal,
Le Village de l’Allemand – ou Le journal des frères Schiller –
Gallimard 2009-2014

ou Le journal des frères Schiller

Deux frères, Rachel (contraction de Rachid & Helmut) et Malrich (contraction de Malek & Ulrich), nés de mère algérienne et de père allemand, apprennent que leurs parents ont été massacrés par le GIA, en 1994, à Aïn Deb, près de Sétif. Ils ont été élevés par un oncle, en France, dans la banlieue parisienne, dans l’ignorance de leur langue, de leur histoire. Rachel, l’aîné, s’est « intégré » (études supérieures, poste de cadre, marié à Ophélie, maison pavillonnaire), alors que Malrich, 17 ans, reste accroché à la vie de la cité, dans laquelle il a grandi avec une bande de potes.

Rachel va tenter de comprendre pourquoi l’assassinat de ses parents est entouré d’opacité. Et ce qu’il va découvrir l’entraîne dans les profondeurs de l’effroi et de l’abjection. Son père fut SS. Son père a participé à l’extermination.  En remontant le fil de l’histoire de son géniteur, Rachel apprend, par son livret militaire, le rôle qu’il a joué au nom de l’Allemagne nazie, dans l’indignité humaine.

De deuil en deuil, c’est au tour de Malrich de découvrir ses racines. Il a perdu ses parents, il vient de perdre son aîné : Rachel s’est donné la mort. Et Malrich va, à son tour, remonter le temps, ancré dans un présent en banlieue où point l’islam, rampant, mais terriblement efficace.

Boualem Sansal a écrit là son cinquième ouvrage ; il continue à en découdre avec les spectres de l’Histoire qui jamais ne deviennent fantômes : les guerres (la deuxième en 1939, celle d’Algérie en 1990) et leurs victimes. Il relie talentueusement les leçons que l’Homme n’en a pas tirées avec le quotidien des cités actuelles.

J’ai lu ce roman dans le souffle du cri de guerre et d’alarme poussé par son auteur. Guerre contre le négationnisme, la nescience, les fanatismes – politiques, religieux, sociétaux – l’ignominie, les monstruosités dont sont capables les « humains » qui le sont si peu. Cri d’alarme devant la montée de l’Islamisme qu’il met en parallèle avec le nazisme.

À ce train, la cité sera bientôt une république islamique parfaitement constituée. Vous devrez alors lui faire la guerre si vous voulez la contenir dans ses frontières actuelles.

Roman-courage, roman-dénonciateur, roman-vérité.

Nous sommes comme les déportés d’antan, pris dans la machination, englués dans la peur, fascinés par le Mal, nous attendons avec le secret espoir que la docilité nous sauvera ».

Quand je vois ce que les Islamistes font chez nous et ailleurs, je me dis qu’ils dépasseront les nazis si un jour ils ont le pouvoir.

Boualem Sansal n’est pas un vaticinateur ; il n’a pas écrit un roman-visionnaire. Hélas.

© Martine – 28 octobre 2015 

 Écri’turbulente sur FB

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7 réflexions sur “Boualem Sansal : Le village de l’Allemand

  1. Je l’avais vu à LGL le mois dernier pour 2084 et j’avais beaucoup aimé son intervention, l’être humain qu’il est… Je pense que ce livre, celui que tu présentes m’attire davantage que son dernier (quoique) et j’attendrai qu’ils sortent en Poche (j’ai trop à lire pour l’instant) . Je trouve son discours -dans les extraits présentés- d’un réalisme suffocant…hélas ! et l’angélisme aveugle de nos dirigeants en est d’autant plus criant !

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    1. Réalisme suffocant… ces deux mots conviennent bien à ce que je ressens de l’écriture de Boualem Sansal. Il n’a pas peur des mots, ni des idées, ce Monsieur, et des conséquences qui pourraient advenir de la manière dont il les emploie.

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  2. Un roman que je veux lire depuis longtemps. Il faut que je lui trouve un créneau. Même si on n’attend pas après les prix pour lire les écrivains qui nous plaisent, je trouve dommage qu’il ait été éliminé d’à peu près toutes les listes. Ça me fait penser à E. Carrère il y a deux ans.

    Aimé par 1 personne

    1. De fait, je suis toujours réticente à lire les livres primés ; j’ai davantage l’impression qu’il le sont pour des raisons financières que pour la qualité des textes. Je me trompe peut-être. En tout cas, Boualem Sansal, même sans prix prestigieux, j’aime ! 😀

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    1. Son dernier roman paru – 2084 – est sur le sommet de ma pile. Même si, depuis Tunis, il vient d’être éjecté du Goncourt… Mais ce ne sont pas les prix, même prestigieux, qui font la qualité des écrivains.

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