Pablo Neruda, Vaguedivague, 1958 Traduction de Guy Suarès Poésie Gallimard, 2013
Pablo Neruda,
Vaguedivague, 1958
Traduction de Guy Suarès
Poésie Gallimard, 2013

SOUVENIRS ET SEMAINES

Comme le monde est rond
les nuits s’effondrent
et tombent vers le bas.
Et toutes s’accumulent
et ne sont que ténèbres,
en bas, en bas, en bas.

I

J’ai suivi un jour quelconque,
j’ai voulu savoir ce qu’ils deviennent ;
où il vont, où ils meurent.

Sur la mer, sur les îles,
sur les prairies acides
il s’est perdu, et je continuais,
caché derrière un arbre ou une pierre.

Il fut bleu, il fut orangé,
il courut comme une roue,
il descendit dans le soir
comme un drapeau de navire,
et plus loin dans les confins
de silence et de la neige
il s’enroula en crépitant
comme un fil de feu
et c’est éteint couvert
par la froide blancheur.

II

Les semaines s’enroulent,
se font nuages, se perdent,
se cachent dans le ciel,
déposées là
telle la lumière déteinte.

Le temps est long, Pierre,
le temps est court, Rose
et les semaines, justes,
dans leur rôle, usées
s’entassent comme des grains,
cessent de palpiter.

Jusqu’à ce qu’un jour le vent
bruissant, ignorant,
les ouvre, les étende,
les frappe et maintenant
elles s’élèvent comme des drapeaux
vaincus qui reviennent
à la patrie perdue.

Ainsi sont les souvenirs.

Pablo Neruda
Vaguedivague

 Écri’turbulente sur FB

Revenir à la page d’accueil