Tomás Eloy Martínez, Le chanteur de tango

Tomás Eloy Martínez, Le Chanteur de Tango, 2004
Tomás Eloy Martínez,
Le Chanteur de Tango,
2004

Trois parcours s’entremêlent, s’interfèrent dans ce roman. Mais ne se confondent pas, en restant intimement liés. Trois cheminements qui revêtent le même caractère liminaire pour Bruno Cadogan, un jeune américain venu à Buenos Aires pour rédiger une thèse sur les essais que Jorge Luis Borges a consacré aux origines du tango.

Longtemps, Buenos Aires n’a été pour moi qu’une ville de littérature.

Avant de s’embarquer pour l’Argentine, en quête de la biographie de Carlos Gardel, incontestable meilleur chanteur du monde de tango du début du XX° siècle, il entend parler d’un nouveau génie : Julio Martel.

« On dit qu’il ne chante plus que dans quelques cabarets malfamés du port. On dit aussi qu’il est très malade mais qu’il chante parfois dans un vieux bar du centre-ville. Certains affirment qu’ils l’ont entendu chanter dans un square de Palerme, l’ancien quartier italien, et d’autres vont jusqu’à dire qu’il se produit inopinément sur les marchés populaires des faubourgs. Bruno Cadogan regarde perplexe la carte de Buenos Aires et essaie de déceler la logique qui commande les dernières apparitions de Julio Martel. Car ce légendaire chanteur de tango à la voix obscure et envoûtante, l’homme qui n’a jamais voulu enregistrer de disques, est bien plus qu’un mythe urbain. Martel est un artiste accompli qui ne laisse rien au hasard et qui dessine par sa présence (et son absence) une autre carte de la ville, les traits d’une énigme« .

Le périple du jeune homme se déroule de septembre à décembre 2001. L’année de la grande crise financière à Buenos Aires.

Gardel. Borges. Buenos Aires.

C’est cet entrelacs qui donne au roman de Tomás Eloy Martínez toute son intensité narrative, parce que les côte à côte se juxtaposent, s’épousent, s’adossent pour composer un kaléidoscope de récits-portraits : la ville, la voix, la vision d’un espace,

d’un point de l’espace qui contient tous les points, toute l’histoire de l’univers en un seul le lieu et un seul instant

Si sa vie dans la ville est tout à fait réelle et fondée, les quêtes de Bruno Cadogan résident dans l’allégorique : jamais il ne pourra vérifier si l’espace de Borges et l’univers de Julio Martel appartiennent vraiment au réel. Et c’est dans ces dédales enchevêtrés que s’est construit un roman, puissant et significatif d’une recherche de soi pas vraiment accomplie.

Morceaux choisis :

Le temps est une agonie incessante du présent qui se désintègre en passé.

La démocratie dure ce que dure l’obéissance.

Je voudrais seulement me rappeler ce que je n’ai jamais vu.

En Argentine, on a coutume depuis des siècles d’effacer de l’histoire tous les faits qui contredisent la version officielle de la grandeur du pays.

La langue de Buenos Aires se déplaçaient si vite qu’apparaissaient d’abord les mots et seulement ensuite la réalité, et les mots persistaient quand la réalité avait déjà disparu.

Merci à Anne et Marilyne, qui, à l’occasion de leur thématique « Argentine », avaient présenté ce roman en lecture commune.
Et maintenant, je vais me plonger dans … L’Aleph, de Jorge Luis Borges
Évident, non ?

© Martine – 29 septembre 2015 

 Écri’turbulente sur FB

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7 réflexions sur “Tomás Eloy Martínez, Le chanteur de tango

  1. Hé, hé, je me disais bien qu’il t’intéresserait ce roman. ( occasion également pour moi de relire Borges, avec ….  » l’Aleph  » , ramené de librairie juste après la semaine argentine, comme en souvenir de voyage ;))

    Aimé par 2 people

    1. Ce n’est pas « relire » Borges pour moi, C’est découvrir…
      Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai toujours pensé que L’Aleph m’était totalement inaccessible !
      On va voir ça ! Nanmého ! 😉

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    1. Un extrait, juste pour toi…

      « Elles (les boutiques) vendaient des biscuits de variétés insolites, depuis les étoiles de gingembre et les cubes remplis de miel d’asphodèle jusqu’aux boules de jasmin, mais la décadence argentine les avait dégradées »

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      1. Du miel d’asphodèles, bah dis donc, elles doivent être cultivées (ou pousser à l’état sauvage) à grande échelle en Argentine !!! Sauf que la décadence est passée par là, c’est malheureux !!! 😉

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