Hubert Haddad, clair venin du temps, Éditions Dumerchez, octobre 1990
Hubert Haddad,
clair venin du temps,
Éditions Dumerchez, octobre 1990

Mille ans me suffiront pour comprendre
mais donnez-moi un jour encore
pour vivre simplement la vie de tous les jours
Je connais l’indéchiffrable minuterie des sources
les retours et les allers de l’éternel et de l’éphémère
mais je suis impatient de voir fondre les siècles
Ma barbe sera longue, longue
et le temps sera si court
Une journée pour vivre enfin
après mille ans d’étude
Lesquels auront vécu quand je serai savant
Lesquels seront morts de si lente blancheur
Il me faudra d’un coup rattraper les termites illettrés
qui chaque jour mangent une page jamais lue
du livre jamais écrit
Il me faudra aussi vite oublier tous les visages aimés
toutes les promesses  et toutes les maisons
Quand je serai très clairvoyant
après mille ans de leçons reçues dans toutes les écoles
des sept empires
oh, qu’un seul jour me soit donné
un seul, un unique jour d’ardente bêtise
Je l’emploierai à connaître une brindille
ou le monde
par où je les méconnus mille ans savamment
Un jour après les siècles
pour contempler une brindille ou le monde
Une vie de papillon accomplie dans les astres

Hubert Haddad, clair venin du temps

Un autre poème, extrait du même recueil, ici

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