Dimanche en poésie : Guy de Maupassant

En cette Journée Européenne du Patrimoine, j’ai souhaité mettre à l’honneur un poète parmi d’autres, nombreux, que force est de constater qu’ils appartiennent à notre richesse littéraire et intellectuelle. J’aurais aussi pu choisir Victor Hugo, Jean de La Fontaine, Alfred de Musset, Sully Prudhomme, Alfred de Vigny, Jean Richepin et tant d’autres ! C’est dans une bibliographie de la poésie dite « pour enfants » que j’ai trouvé ce texte. Pourquoi donc est-il destiné aux enfants ? Je ne sais, mais après tout, il n’est point de poètes que les jeunes, comme leurs aînés, ne puissent découvrir et apprécier !


Les oies sauvages

Tout est muet, l’oiseau ne jette plus ses cris.
La morne plaine est blanche au loin sous le ciel gris.
Seuls, les grands corbeaux noirs, qui vont cherchant leurs proies,
Fouillent du bec la neige et tachent sa pâleur.

Voilà qu’à l’horizon s’élève une clameur ;
Elle approche, elle vient, c’est la tribu des oies.
Ainsi qu’un trait lancé, toutes, le cou tendu,
Allant toujours plus vite, en leur vol éperdu,
Passent, fouettant le vent de leur aile sifflante.

Le guide qui conduit ces pèlerins des airs
Delà les océans, les bois et les déserts,
Comme pour exciter leur allure trop lente,
De moment en moment jette son cri perçant.

Comme un double ruban la caravane ondoie,
Bruit étrangement, et par le ciel déploie
Son grand triangle ailé qui va s’élargissant.

Mais leurs frères captifs répandus dans la plaine,
Engourdis par le froid, cheminent gravement.
Un enfant en haillons en sifflant les promène,
Comme de lourds vaisseaux balancés lentement.
Ils entendent le cri de la tribu qui passe,
Ils érigent leur tête ; et regardant s’enfuir
Les libres voyageurs au travers de l’espace,
Les captifs tout à coup se lèvent pour partir.
Ils agitent en vain leurs ailes impuissantes,
Et, dressés sur leurs pieds, sentent confusément,
A cet appel errant se lever grandissantes
La liberté première au fond du coeur dormant,
La fièvre de l’espace et des tièdes rivages.
Dans les champs pleins de neige ils courent effarés,
Et jetant par le ciel des cris désespérés
Ils répondent longtemps à leurs frères sauvages.

Guy de Maupassant

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16 réflexions sur “Dimanche en poésie : Guy de Maupassant

  1. J’ai dû lire tous les récits de Maupassant car j’aime beaucoup cet auteur mais je ne savais pas qu’il avait tâté de la poésie. Je suppose qu’à son époque tous les écrivains s’y essayaient plus ou moins en marge de leurs oeuvres principales.
    En tout cas, ce poème décrit bien la campagne normande en hiver.
    Bonne soirée,
    Mo

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  2. Maupassant continue décidément de me surprendre… Ton choix poétique me rappelle qu’il a aussi écrit des récits de voyage, qu’il me reste à lire. En tant que poète, je me demande si je ne l’ai pas déjà croisé dans un recueil de poésie licencieuse, mais il faudrait que je le vérifie.

    Aimé par 1 personne

    1. Ma source

      Je n’ai point assez du Baiser
      Dont se contente tout le monde
      Et la source où je veux puiser
      Est plus cachée et plus profonde !

      De votre bouche elle est la sœur !
      En pied d’une blanche colline
      J’y parviendrai, dans l’épaisseur
      D’un buisson frisé qui s’incline.

      Elle est fermée et l’on y boit
      En écartant un peu la mousse
      Avec la bouche, avec le doigt
      Nulle soif ne semble plus douce.

      Près de l’entrée on trouvera
      Ce rocher que frappait Moïse
      Et je veux que ma bouche épuise
      Ce flot d’amour qui jaillira !

      Car ma caresse ardente et forte
      A fait monter l’onde à ses bords !
      Je suis à genoux ; c’est la porte
      Du sanctuaire de ton corps.

      Tu palpites ; je t’y sens vivre ;
      Et je sens grandir, qui m’enivre,
      L’arôme secret de tes flancs !
      Car j’aime tes parfums troublants

      Plus que l’odeur des forêts vertes,
      Plus que la rose et le jasmin,
      Source vive, aux lèvres ouvertes !
      Et je t’emporte dans ma main.

      Senteur divine ! Et ma moustache,
      Ainsi qu’un souffle d’encensoir,
      Jette à mon cerveau jusuq’au soir
      Ce fumet où mon cœur s’attache !

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  3. Je préfère ses nouvelles et romans.
    Sur le thème, les « oiseaux de passage » de jean Richepin est bien plus puissant.
    mais ça n’engage que moi.
    Bisous ma belle
    ¸¸.•*¨*• ☆

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  4. même si elle est un peu noire j’aime sa poésie et plusieurs de ses poèmes sont dans mon anthologie poétique personnelle
    Lambersy ce fut pour moi il y a pas mal d’année la découverte avec un de ses livres autour de la poésie chinoise

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