Yasurari Kawabata, Tristesse et beauté, Livre de Poche,  juillet 2013
Yasurari Kawabata,
Tristesse et beauté,
Livre de Poche, juillet 2013

Un homme, Oki.
Trois femmes, Fumiko, Otoko, Keiko.

Fumiko, son épouse, l’immuable revêche,qui a de bonnes raisons de l’être, avec laquelle il a conçu leur fils Taichirô. Otoko, son amante d’à peine 16 ans, alors qu’il était trentenaire lorsque cette relation s’est nouée. Keiko, celle par qui le malheur viendra.

Trois femmes que, tour à tour, l’homme aimera d’amour charnel. Trois femmes tant différentes ! Trois femmes qui vont influer sur la vie de l’homme.

Je ne connais pas très bien la littérature japonaise (je dirais même que mes références sont si ténues que je suis incapable de prendre position sur l’écriture de ce roman de Yasunari Kawabata). Je sais que l’auteur fut honoré du Prix Nobel de Littérature en 1968 et qu’il est considéré comme un écrivain majeur du XX° siècle. Je sais aussi que ce roman fut le dernier de sa vie.

Je sais qu’il était obsédé par la quête du beau, de la solitude, de la mélancolie et de la mort. Ce sont bien les thèmes que j’ai retrouvés dans ce roman que j’ai ressenti empreint d’une « extrême cruelle douceur« .

La trame de ce texte est à la fois simple et compliquée. Jadis Oki a séduit Otoko mais l’a abandonnée. S’inspirant de cette aventure, il a écrit un livre qui l’a rendu riche et célèbre. Maintenant quinquagénaire, il cherche à retrouver son ancienne jeune maîtresse, qui, profondément traumatisée par la rupture, s’est dédiée exclusivement à la peinture, à Kyôto où elle s’est retirée , après un séjour en hôpital psychiatrique. Elle est devenue une artiste de renom. Voilà le côté « sommaire » du récit.

Lorsque Yasunari Kawabata introduit dans l’existence d’Otoko une autre très jeune fille, son élève Keiko, le roman va basculer irrémédiablement dans un récit dramatique, qui, parfois, peut évoquer les grands textes des tragédies grecques. L’art de la lenteur que cultive l’auteur les en sépare, toutefois. L’atmosphère est fascinante, troublante, pendant qu’à petites touches, comme peignent les deux femmes, se dénouent les fils d’un inéluctable épilogue. Kawabata fouille la psychologie des personnages, tous plus ou moins machiavéliques, prétexte à une réflexion sur l’amour et l’érotisme, avec une extrême finesse. L’ambiance est à la fois empreinte de la beauté, de la douceur des décors et de la nature, de l’art, de la poésie et de la violence des sentiments qui habitent les protagonistes de ce roman. Leurs rapports sont aussi sensuels, voire érotiques,  que cruels et tyranniques.

La plume est affûtée et délicate, raffinée. Je crois avoir compris que c’était l’essence même de Yasunari Kawabata.

Ainsi que je le disais en préambule, je ne connais guère la littérature nippone, mais il m’a semblé que l’auteur se livre aussi ici à une réflexion sur l’évolution de la société japonaise et le contraste qui se fait entre traditions et modernité.

« Le temps avait passé. Cependant, ne s’écoulait-il pas différemment pour chacun, en empruntant des voies diverses? Pareil à un fleuve, le temps pour l’homme parfois s’écoulait rapidement, parfois selon un rythme plus lent. Il lui arrivait aussi de ne plus s’écouler du tout et de rester là à stagner. Si le temps cosmique s’écoule à la même vitesse pour tous les hommes, le temps humain, lui, varie selon chacun. Le temps s’écoule pareillement pour tous les êtres humains, mais chaque homme se meut en lui selon un rythme qui lui est propre. »

© Martine – 10 septembre 2015 

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