Boubacar Boris Diop, Murambi, le livre des ossements Éditions Zulma, 2011 ; 2014, pour la préente édition
Boubacar Boris Diop,
Murambi, le livre des ossements
Éditions Zulma, 2011 ; 2014, pour la présente édition

Toni Morrison a dit de ce roman qu’il est un miracle. Peut-on nommer ce livre « roman » quand on sait qu’il a été écrit par un écrivain-journaliste ? Oui, dans le sens où pour mener son enquête il prête sa voix à des personnages de fiction. Non, quand on sait que c’est dans le cadre d’une résidence d’écrivains, au cœur même de ce Rwanda martyr qui a vécu l’ultime génocide du XX° siècle que Boubacar Boris Diop a conçu ce récit. Murambi, le livre des ossements, c’est l’indicible que l’écrivain a tenté de mettre en mots.

« Des mots-machettes, des mots-gourdins, des mots hérissés de clous, des mots nus et […] des mots couverts de sang et de merde. »

Quelle forme de langage peut témoigner de ce qui s’est passé ? Est-il possible de faire confiance aux mots pour adoucir le récit de la démence qui s’est emparée des Hutu, dans un silence mondial assourdissant ?

 » Ces jours cruels ne ressemblaient à rien de connu. (…) un génocide n’est pas une histoire comme les autres, avec un début et une fin, entre lesquels se déroulent des événements plus ou moins ordinaires (…).

Cornelius Uwimana, le personnage principal du roman, est né de père Hutu et de mère Tutsi. Boubacar Boris Diop dit qu’il est l’alter ego de tous les écrivains présents au Rwanda. Le jeune homme apprend à son retour à Murambi, après un long séjour à Djibouti, que son père, le Docteur Karekezi, fut l’auteur du massacre de l’École Technique de Murambi et du meurtre de sa femme Nathalie, de ses enfants Julienne et François et de sa belle-famille. Ce roman est construit comme une enquête. Une terrible enquête, qui n’est pas une chasse aux sorcières, mais plutôt une volonté de faire prendre conscience de ce que peut être cette violence à l’état pur, bâillonnée par l’indifférence de tous les autres pays. L’histoire de Cornelius est personnelle, mais elle plonge dans la tragédie de son peuple.

« Mon but en écrivant Murambi, c’était d’amener chaque lecteur à se mettre à la place des victimes, au lieu de penser que tout cela était trop horrible pour être réel et trop lointain pour le concerner », explique l’auteur.

Le roman se termine sur une note d’espoir :

« Tout n’est pas perdu, au fond, nous pouvons devenir un pays comme les autres. Heureux ou accablé par la misère, je ne sais trop. Un pays comme les autres, c’est tout ».

Boubacar Boris Diop pratique ici une écriture engagée et militante : sobriété du style, simplicité de la langue, justesse du mot, maîtrise de l’émotion. Il nous invite à réhabiliter la mémoire des morts et à assurer le salut des vivants.

« Ce livre est un miracle »
Toni Morrison.

Marilyne a, elle aussi, lu ce roman. Son avis est ici.

© Martine – 06 septembre 2015 

 Écri’turbulente sur FB

Revenir à la page d’accueil