Yôko Ogawa, Petits oiseaux

Yôko Ogawa, Petits oiseaux, traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle Actes Sud, septembre 2014
Yôko Ogawa, Petits oiseaux,
traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle
Actes Sud, septembre 2014

Il est le seul à pouvoir apprendre la langue pawpaw afin de communiquer avec son frère aîné, cet enfant rêveur qui ne parle que le langage des oiseaux, n’emploie que ces mots flûtés oubliés depuis longtemps par les humains.
Après la mort de leurs parents, les deux hommes demeurent ensemble dans la maison familiale. D’une gentillesse extrême, l’aîné, qui ne travaille pas, se poste chaque jour tout contre le grillage de la volière de l’école maternelle. Peu à peu, la directrice remarque son calme rassurant pour les oiseaux, sa façon subtile de les interpeler, et lui confie l’entretien de la cage.
Quant au cadet, régisseur de l’ancienne résidence secondaire d’un riche propriétaire du pays, le jardin de roses, les boiseries des salons, la transparence des baies vitrées sont à la mesure de son attachement pour les lieux de mémoire. Parfois, les deux frères décident de “partir en voyage”. Valises en main, ils font halte devant la volière. Ravis de palabrer avec les moineaux de Java, les bengalis ou les canaris citron, ils oublient dans l’instant tout projet de départ. Un jour pourtant le calme du quartier semble en danger, une enfant de l’école disparaît.
Petits oiseaux est un roman d’une douceur salvatrice qui nous confie un monde où la différence n’influe pas sur le bonheur, où la solitude conduit à un bel univers, un repli du temps préservant l’individu de ses absurdes travers, un pays où s’éploient la voix du poème, celle des histoires et des chants d’oiseaux, celle des mots oubliés.

Drôles d’oiseaux que ces deux frères inséparables. Drôle de cage que cette bulle dans laquelle ils vivent. Drôles de pépiements que le « pawpaw » dont ils usent pour communiquer entre eux.

Yôko Ogawa aborde dans ce roman, paru en rentrée littéraire 2014, la fraternité et la différence. La vie et la mort, l’amour et l’amitié, la peur et la sérénité, les voyages immobiles, traversent l’existence de ces enfants devenus hommes, puis vieillards, dans un microcosme tiré au cordeau pour qu’aucun imprévu ne vienne perturber l’aîné des deux, réfugié dans un monde que seul son cadet semble comprendre et accepter dans sa complexité primitive.

Un monde de rituels, simples, quelque peu superstitieux et psychotiques. Un monde doux peuplé de gazouillis d’oiseaux, de regards complices, d’enfants, de friandises, de sons, de souvenirs effrangés.

Un monde qui cristallise en quelques pages celui que nous habitons, sans que nous en prenions conscience. Tout est là, condensé dans un récit poétique et subtil qu’il faut écouter en même temps que lire.

Un beau roman de cette auteure japonaise, qui m’a parlé de la fugacité du temps et de la permanence de la vie.

« Il avait ramassé les cristaux de mots qui s’étaient échappés du gazouillis des oiseaux »

« Les gens qui lisent des livres ne posent pas des questions superflues, ils sont paisibles »

« Il comprend la différence entre une oreille essayant d’entendre quelque chose d’important et une oreille ordinaire qui ne s’en soucie pas »

© Martine – 31 août 2015 

 Écri’turbulente sur FB

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10 réflexions sur “Yôko Ogawa, Petits oiseaux

  1. Tu joues dans ma cours là mais je n’ai plus ma bibliothèque habituelle pour lire dame Yoko Ogawa. C’est une écrivaine que j’aime beaucoup j’ai lu quelques beaux chefs d’œuvre de cette dame. C’est un peu la Haruki Murakami au féminin.

    Aimé par 1 personne

    1. Pour n’avoir lu d’elle que ce roman, ce n’est pas mon impression, mais il faudrait sans doute que je creuse davantage d’autres textes. Tu as eu ce sentiment dans « la formule préférée du professeur » ?

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      1. Non, pas dans « la formule préférée » … il me semble que certaines blogueuses faisaient la distinction entre ses deux veines d’inspiration « normale » et plus « fantastique » et j’avais fait attention .. encore que je n’ai rien contre une touche d’irrationnel parfois.

        Aimé par 1 personne

    1. Et moi, je n’ai lu que ce roman de cette auteure. Qu’appelles-tu « bizarrerie » ? Dans les thèmes ? Dans l’écriture ? Ton avis m’intéresse 😀

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