Dimanche poétique : Arthur Haulot

Camille Claudel
Camille Claudel

DÉRIVES DU SANG

Je suis, dit l’homme, comme un volcan en marche
J’ai dans mon ventre le feu grondant de la terre
Mes jambes ont la force du basalte et du granit
Dans mes veines rougeoient les futurs incendies
Avec le cri des ibiscus perchés aux plis de mes oreilles
Des forêts se déploient de mes épaules à mes reins
Mes bras ont la lente puissance du fleuve qui coule en deçà des monts
et mes yeux sont perçants comme l’éclair d’orage
Ma poitrine s’élève et s’abaisse avec le vent
Avec les nuages du matin, avec le battement d’ailes des aigles au départ
J’ai des milliers de truites dans le sang de mes veines
et des appels d’oiseaux parcourent sans arrêt les branches de mes mains
Mais c’est au creux le plus profond de mon épaule mâle
là où se nouent les racines de l’être et de la mort
que brûle l’intransigeant désir de ton corps de femme
C’est de là que jaillit
avec la force délectable irraisonnée des catastrophes
cette lave d’amour dont j’inonde ton cœur
ce feu liquide à ravager ta chair
pour qu’éclate la fulgurante floraison de ta salive
où roulent des millions d’étoiles.

Arthur Haulot (1913 – 2005)

Humaniste belge. Fils d’un militant socialiste, Arthur Haulot travaille jeune dans une usine puis dans une banque, tout en écrivant pour le journal des Faucons rouges. En 1931, il est engagé comme journaliste à La Wallonie, puis bientôt à l’Institut national de radiodiffusion. Parallèlement, il publie des recueils de poésie. Ayant milité pour les congés payés, il entre au ministère des Communications en 1937 et fonde, peu après, avec Henri Janne, le Commissariat général du tourisme. En 1940, il devient secrétaire général du Parti socialiste clandestin. Arrêté par la Gestapo, il est déporté en 1942 à Mauthausen puis à Dachau, où il anime en secret un Comité international. En 1946, il reprend, pour trente-trois ans, sa fonction de commissaire général au tourisme. Co-directeur du Journal des poètes, il fonde en 1951 les biennales internationales de poésie. Jusqu’à la fin, il promeut, par l’action et par l’écriture, un tourisme et une poésie pour tous, tout en luttant contre un retour du fascisme.

Une réflexion sur “Dimanche poétique : Arthur Haulot

  1. Je ne connaissais pas! Je suis déjà passée plusieurs fois pour le lire!Tout ce que je dirai sera en deçà de ce que j’éprouve en lisant et relisant ce texte!
    Bises Martine

    J'aime

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